Rose Turningham

Les sorties de Rose.

Rose

Je ne sais pas si on peut, pour un livre, considérer une date de sortie. Quand sort-on de soi-même ? Quand y entre-t-on ? Comment définir le jour exact ?
Je ne pourrai pas répondre pour Rose Turningham. Je me rappelle à peine d’un certain mois de juin où les premières «images» du livre m’ont assailli : je marchais au milieu d’une foule, sous le soleil. Je me suis arrêté devant un homme qui vendait sa collection de pipes anciennes. Il me montrait le bois, l’os sculptés de certaines d’entres elles. Il était un peu triste mais résolu à s’en débarrasser. Je tenais une de ces pipes dans les mains. Je les ai toutes achetées.
Sur le chemin qui me ramenait chez moi, à moi, d’autres images. Un fauteuil, des jambes, des livres. Il ne m’est pas possible de décrire ces images plus précisément sans risquer de dévoiler la jeunesse, la genèse, la vieillesse ? de Rose (qu’il faut lire puisque c’est un livre… pour l’instant.)
Hissé jusqu’à mon ordinateur avec ma collection de pipes – moi qui ne fume pas – j’ai commencé à prendre des notes. Je me suis rendu compte que je tenais là le début d’une histoire écrite en Dordogne quelques mois auparavant (un mois de janvier froid et silencieux). Rose Turningham naissait. C’était son jour de sortie, dans le monde des vivants. Vivants? N’était-ce pas elle qui vivait et qui, de par son arrivée, me rendait la vie ?
La vue. Voyant. Au-delà des apparences.
À ce jour de la «sortie du livre» Rose survit en moi. Elle est apparue puis m’a quitté. Désormais elle flagelle entre deux mondes, espérant trouver ceux qui lui permettront de «sortir» à nouveau. Je ne peux malheureusement plus rien pour elle. Tout ce que je dirai d’elle en dehors du livre ne fera que l’éloigner de moi. Ne fera que préciser l’imprécisable, prouver l’improuvable, poétiser la poésie, si faible, comme une lueur qui persiste au bout d’un monde de nuit.
Poétiser c’est monétiser. Ça écorche la langue.
Vivre c’est la poésie. Rien de moins.
Sortir un livre c’est un peu des deux. Et je ne me suis jamais habitué à considérer ces frontières qui me séparent de moi. Mais je joue le jeu. Pour tenter de créer des ponts. Vers ceux que je considère comme des amis, présents, futurs, et qui pourraient aimer Rose comme je l’ai aimée. Après tout je ne suis qu’un des artisans de sa vie. Il y a l’homme aux pipes. L’homme que j’étais en Dordogne ce mois de janvier. L’Homme tout court. Puis celui qui lira. Le «réalisateur».
Chaque réalisateur a besoin d’une actrice.
Chaque actrice a besoin d’un texte, d’une direction.
Chaque texte a besoin de poésie.
La poésie n’existe pas. Elle est.
Allez sortir un livre avec ça. Tragique.
La tragédie est une mascarade. Un masque posé sur un visage fantôme. Mais on s’en accommode, nous peuple des voyages, des naufrages, dans les moi et les temps, les monde et les vents, les fuites en arrière en avant, les tentatives touchantes, blessantes, mortelles.
Belle vie à toi, Rose.

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