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Harcèlement vs. harcèlement (#balancetonporc)

En 2012, pendant la sortie de Premier Amour, je n’avais eu d’autre choix – pour me défendre contre le harcèlement de la boite de prod FremantleMedia France – que de poster un blog (à l’époque sur Tumblr) pour tenter de les humilier en place publique et les inviter à m’oublier.
Ça avait marché.
J’en étais arrivé à de telles extrémités car j’avais vécu une escalade qui m’avait beaucoup affaibli à l’époque, commençant par de nombreux messages, puis par des coups de téléphones de plus en plus fréquents (auxquels nous avions toujours courtoisement répondu, pour dire non), puis par une rencontre dans leurs locaux pour essayer d’enrayer ce « harcèlement » (Thierry était allé les voir et, face à mon refus, ils étaient passés de l’insistance à l’agressivité : « Mais vous n’êtes pas cohérent! vous dites que vous voulez toucher les plus jeunes, le plus grand nombre, et vous refusez notre audience? ». J’en ris encore (jaune).

Ces 15 derniers jours j’ai reçu quatre nouveaux messages de leur part (venant de deux personnes différentes) m’expliquant que je dois absolument faire cette émission (toujours pour le bien de ma carrière évidemment). Les pauvres doivent être au bout du rouleau pour racler ainsi leurs fonds d’agenda.
Une carrière? Mais je ne suis pas une carrière! Je suis un Homme. Je me suis toujours contrefoutu de ma carrière ! Je m’appelle Pierre! Je suis d’un seul bloc! Je n’ai pas besoin de votre carrière qui débite de l’humain pour le vendre en place publique!
Les trois premiers messages de cette nouvelle salve d’« invitations » émanent d’une certaine Madame Losfeld qui j’espère n’a rien à voir avec la descendance d’Éric, éditeur merveilleux des années 50/70 dont j’aime infiniment le travail et le parcours; ça me ferait trop mal au coeur.
Premier message le 6 octobre, je ne réponds pas (« gros coup de pub pour vous » « montrer ce dont vous êtes capable » « tremplin formidable »). Le 9 octobre, deuxième message, puis troisième le 11 octobre. Puis on passe le relai à une autre personne (Madame Lafrance) qui dans son email du 13 octobre reprend les mêmes termes, sans toutefois citer l’émission de télévision (Incroyable Talent). Ces dames me prennent-elles pour un demeuré qui ne saurait pas lire, ou qui, ne sachant pas bien utiliser Internet, ne saurait pas ouvrir ses emails ? Pourquoi les personnes qui font ce sale boulot sont des femmes? pourquoi des femmes acceptent-elles de faire ça pour les hommes qui sont au-dessus d’elles? Et d’aller harceler l’artiste féministe que je suis ?
Évidemment je n’ai répondu à aucun message, car je sais qu’il y a des catégories de personnes à qui il ne faut surtout jamais répondre (même pour dire non), qui sont attisées par le refus, par la prévenance, par la politesse, comme les requins à la vue du sang.
Une seule chose aurait pu faire que j’accepte ce genre d’emissions : qu’elles soient en direct! pour que je puisse y faire ce que j’ai à y faire, y dire ce que j’ai à dire; mais ces gens-là savent bien se protéger, quand ils demandent aux pauvres individus qu’ils y convoquent de prendre tous les risques. Et je crois que ce n’est pas tant pour les humilier que je continue d’écrire à leur sujet, mais surtout pour inciter celles et ceux qui hésitent à y participer à fuir ces gens comme la peste.

Face au scandale auquel l’emission doit faire face ces jours-ci (le scandale autour des allégations d’agression sexuelle perpétrées par Gilbert Rozon) les messages ont bizarrement cessés.
Doit-on harceler un harceleur ? Est-ce le seul moyen de le faire taire ?
Depuis le scandale Weinstein (est-ce vraiment un scandale puisque tout le monde dans la profession savait?) des femmes écrivent, parlent : enfin !
Mais quid des hommes?
Quand je suis arrivé à Paris, fraichement débarqué de mon Bordeaux natal, rayonnant comme un coeur, j’ai bien sûr trouvé au milieu de ma route ce genre de sales individus.
À l’époque je n’avais aucun moyen de balancer mon porc, et puis un homme qui se plaint de ce genre de choses ça fait rire, pire ça dégoute (vous voulez dire que vous êtes harcelé sexuellement, comme une « femme »???)
Puisque la douceur, la naiveté, la fragilité ou la « faiblesse » font de vous « une femme ».
J’ai lâché l’affaire.
Souvent je me dis que j’aurai ma revanche quand j’écrirai mon histoire (cliniquement, sans passer par la fiction), l’histoire d’un jeune garçon invisible – même à ses propres yeux. Il sera temps alors de dire la vérité sur certains hommes politiques et producteurs que j’ai croisés, comme ce producteur français qui a, au Québec, justement travaillé dans la même sphère que Gilbert Rozon. Ah, l’humour! Qu’est-ce qu’on peut faire « juste pour rire » !
Certains d’entre eux ont depuis écrit leurs petits livres de « rédemption », gagnant ainsi quelques milliers d’euros en plus, quand ils ont tout bonnement blacklisté des milliers de jeunes artistes.
Gilbert Rozon écrira son livre lui aussi, comme Harvey Weinstein, et ils iront en faire la promo sur les plateaux télé qui les conspuent aujourd’hui.
Je leur crache tous à la gueule.
Je me demande pourquoi j’ai encore l’élégance de ne pas donner leurs noms. Mon nom ils l’ont bien refilé à l’époque pour m’envoyer chez leurs potes qui allaient eux aussi me mettre directement une main au cul, sans me dire Bonjour !
Ils les diffusent encore massivement, vos noms.

On me dit que les hommes commencent eux aussi à parler sur les réseaux sociaux pour témoigner; je me dis « enfin des hommes victimes parlent! », je vais voir, ah mais non! suis-je bête! ce sont des hommes harceleurs qui viennent ramener la couverture à eux pour faire croire qu’ils viennent demander pardon en place publique (#ivedonethat) c’est immonde! Pourquoi ne pas avoir posté ça plus tôt? Auriez-vous juste peur d’être dénoncé ?
Cette sacro-sainte et schizophrène morale américaine : tu demandes pardon? Pas de problème, on oublie tout. Tu peux recommencer, mais reviens nous demander pardon dans 15 jours (ça fera vendre de la publicité).
Vous êtes immondes.
Combien de filles, de femmes, de jeunes garçons, le nez dans la coke et le cul sur une main, j’ai croisés dans ce milieu pourri… Combien d’entre elles, combien d’entre eux, ont fini en HP, sur le trottoir, dans la rue, pire, dans les Églises et les Sectes… J’ai malheureusement un nombre incalculable de noms à donner. Ils ont tout bonnement été bouffés, digérés et chiés par la Société du Spectacle. Mais ça c’est normal.
Quelque part j’ai eu de la chance d’avoir du poil au menton. Certes ça m’aura empêché d’intéresser certains producteurs, mais au moins cela m’aura permis de repousser 80% des porcs de ce métier.
Je ne ferai pas ici de psychologie à deux balles, mais je me demande à quel point je ne me suis pas enlaidi, changé volontairement en monstre, pour ne plus être un objet de désir; passant de jeune chanteur romantique à chose poilue en talons, toujours plus joyeusement monstrueux, marié avec un « zombi travesti »; c’est vrai que nous n’étions pas le couple le plus invité aux partouzes des vieux producteurs pédés du métier! À l’époque je découvrais le milieu queer – une famille – loin de tous ces producteurs véreux qui avaient les mains baladeuses. Plus une seule sollicitation !  jusqu’à ce que je reprenne presque « forme humaine » en 2012 avec mon vrai nom et avec Premier Amour.

Oui, des hommes sont victimes de harcèlement sexuel. Et ce n’est pas tant ici la question d’une main aux fesses, d’un baiser volé ou d’une bite qui refuse qu’on lui dise non que je veux dénoncer, c’est surtout celle d’une société où l’argent est roi, où le pouvoir rend inattaquable, où les créateurs et artistes ne peuvent plus vivre et ne peuvent que mourir s’ils refusent ce système dégueulasse.
Quid des poètes violés et tués par la Société du Spectacle??
Balance ton porc!!
Je veux penser maintenant à tous ces garçons qui ont été harcelés en même temps que moi, ces garçons anonymes que j’ai côtoyés pendant certaines soirées, que j’ai vu s’enfermer dans certaines pièces avec des vieux dégueulasses riches et très puissants, à qui on proposait de la coke une deux ou trois fois, jusqu’à ce qu’ils acceptent et qu’ils finissent dans une pièce du fond.
Ah, la pièce du fond.
J’étais tellement naïf.
La premiere fois j’ai trouvé étrange qu’à cette soirée il n’y ait que des jeunes hommes entre 18 et 30 ans (j’étais presque le plus vieux à l’époque!). Mais où sont les filles? Eh bien les filles sont dans leur harem, à la soirée du porc hétéro!
Ne faites pas les innocents, ça se passe encore comme ça! et demain ça se passera de la même manière, tant que ce foutu argent-roi-pub-spectacle dégueulasse sévira encore et qu’on lui donnera autant de crédit. Le Porc est immense, le porc est un système, un monde tout entier.
Il parait que le monde change…
Balance ton vrai porc!
Aujourd’hui je balance Fremantle. Encore une fois. Un cri au fond de l’Océan.

Mon histoire n’est pas une histoire triste. J’ai eu la chance de pouvoir repousser le Porc, parce que je suis éduqué, parce que je sais m’exprimer, parce que je sais écrire; l’écriture et la parole justement partagée permettent de se défendre, bien plus que les poings. J’ai été sauvé parce que je viens d’une famille et d’une École qui m’a appris à utiliser les mots. Le Porc Immense le sait bien, qu’il faut laisser l’Éducation Nationale se dissoudre, sans moyens, sans profs bien payés; ça fera toujours de nouveaux jeunes garçons et de nouvelles jeunes filles sans défense et sans histoire, à envoyer direct dans la gueule du Porc.
De la confiote aux cochons.

PP depuis deux ans à Paris, en route vers la gloire, castings, soirées, rencontre avec Le Porc.

En 2005, depuis 2 ans à Paris, en route vers la « gloire ». (photo : Mick Bulle)
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La Bovary de la République.

 

Aujourd’hui je partage ce texte écrit par Thierry Chollet-Berger, professeur certifié en Lettres Modernes, qui me concerne au plus haut point puisque cela fait maintenant douze ans que je partage la vie de ce comédien, écrivain, metteur en scène et que je suis l’un des témoins – colère – de cette histoire.
Je suis fier que Thierry ait trouvé la force de pousser ce CRI, et, aujourd’hui, je veux CRIER avec lui.

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Thierry (chemisette bleue, au centre) choisi pour être l’un des professeurs stagiaires présents lors de la rencontre avec Najat Vallaud-Belkacem en septembre 2016 à l’Université de Créteil. (Source : site de Najat Vallaud-Belkacem, photo © Philippe Devernay.)

 

La Bovary de la République.

Lettre aux parents complices,
puisque l’administration est perdue.

La Cour des comptes a rendu son rapport et devinez-quoi ? L’État investit massivement dans l’Éducation (sic) mais… (roulements de tambours) TOUT ÇA NE SERT À RIEN CAR LES PROFS SONT TROP ABSENTS.
Le marronnier, le gros cliché, la bonne blague… la désinformation, la manipulation !
Et ça marche. Le postulat est universellement partagé : Les profs sont des fainéants, grassement payés pour seulement dix-huit heures par semaine, sans parler des vacances ! Et tous ces profs qui partent en dépression. Faut pas être prof si on peut pas assumer. Toujours absents !…

Vous avez tellement envie d’y croire,  n’est-ce pas ? C’est tellement rassurant. Et puis c’est la Cour des comptes qui le dit, alors… Mais laissez-moi vous raconter mon histoire, chers parents. Parce que j’ai confiance en votre jugement. Vous savez bien que rien n’est jamais si simple. Au fond de vous, vous le savez. Parce que souvent, vous vivez les mêmes injustices.

Quand on tape dans un moteur de recherche cette question pas-sion-nante : « Combien gagne un prof ? », le premier lien, placé dans un bel encart pour être visible de tous, nous informe qu’« un professeur de plus de 50 ans en collège ou lycée gagne en moyenne 3 027… » eurk ! Pardon j’ai eu un haut-le-cœur. Bien… déjà pourquoi choisir de parler des profs qui ont plus de 50 ans ? Mais passons, car voici le deuxième lien qui nous donne le salaire moyen des profs : 2700 euros (et encore pour ceux qui ont la chance d’être des hommes car – et par quel malheur dû aux impénétrables arcanes d’une administration dévouée – vous ne gagnez que 2500 euros si vous êtes une femme.)

Maintenant, imaginez que vous tiriez le diable par la queue depuis des années et que vous tombiez sur ces informations, qu’est-ce que vous vous dites ? Vous vous dites : « Mais attends, je vais passer le CAPES, moi. Après tout j’ai le diplôme qui va bien, et en plus j’adore partager ce que je sais. Puis, ce serait pas mal de me poser un peu, capitaliser mon savoir, mon expérience, tout ça… »

Bien mal vous en prendrait…

Sachez, chers parents, que je plafonne à 1640 euros et que là-dessus on me prend 300 euros d’impôts (par mois). Oh je sais, j’entends déjà les instances, comme les amis d’ailleurs, me dire que c’est impossible. On parie ? Je fournis fiche de paie et avis d’imposition à qui veut.
Cela vous ne le savez pas, n’est-ce pas. Cela, la Cour des Comptes ne le dit pas. Mais rassurez-vous, chers parents, je ne vous ne veux pas. On ne peut en vouloir à ceux qui ne savent pas. Moi-même, j’ai longtemps pris du plaisir à taper sur les profs, à dire à quel point ils étaient une sale espèce de fonctionnaires jamais contents, feignasses et sur-payés. Allons, ne feignez pas d’être offusqués. Je sais bien qu’en employant ces mots, je suis bien loin de ce que vous pensez tout bas.
D’ailleurs vous avez raison de penser ces choses. Imaginez qu’à peine entré dans mon collège, cette année, mes nouveaux collègues m’informent que la semaine prochaine il y aura grève. Forcément, le gros cliché me donne envie de rire. Et puis ils m’expliquent pourquoi : « Il pleut dans les salles depuis cinq ans ». Ils ont bien alerté le département, mais leur lettre est restée sans réponse. J’ouvre grand les yeux, et ma mâchoire est un peu tombée, je crois. « On ne vous répond pas ? »
– Non.
Alors ok, on fait grève, on va devant le conseil général et on gueule un peu. Au bout de trois heures on daigne nous répondre. « On n’aime pas trop vos méthodes. Vous auriez pu faire un courrier ». J’ai l’impression d’être un membre du Tiers-État devant les grilles de Versailles. Mais bon, ce n’est pas le pire. Non, le pire vient toujours de là où on ne l’attend pas. Le pire est venu de vous, chers parents, quand a surgi de nulle part une famille dont la mère nous a regardé d’un œil à nous maudire jusqu’à la cinquième génération, pour finir par nous lancer : « Pfff, et on parle d’échec scolaire ! »

Chère madame
On ne vient pas pleurer sur nos acquis sociaux – ceux-là mêmes que vous fantasmez – non, on vient parce qu’il pleut dans nos classes ! » On vient parce que NOUS savons que tout est lié. Comment voulez-vous que des adolescents respectent les lieux où on les accueille si ces lieux tombent en ruine, s’il pleut dans LEURS classes ? On s’attriste de voir que les adolescents en quête identitaire se disent tous Algérien-e-s, Marocain-e-s, Portugais-e-s, Sénégalais-e-s… et qu’aucun ne se dise Français-es. Mais peut-être ne voient-ils pas que la France les aime. Des taches d’humidité au plafond ne disent pas « on vous aime ». Les taches d’humidité disent « On n’en a rien à faire de vous, vous êtes pauvres et vos parents ne sont pas français. » La construction du mot « banlieue » est passionnante. Le lieu du ban. Le ban de la société. C’est à peine si vous êtes dans la République.
On vient pour dire que NOUS ne méprisons pas cette jeunesse qui attend le respect. Si NOUS ne disons pas l’amour que nous avons pour la jeunesse, la jeunesse comprendra que nous la méprisons. La jeunesse n’y va pas par quatre chemins. Elle n’a pas le même temps que nous. Et de ce mépris ressenti naît la haine. Celle-là même que nous découvrons et subissons depuis deux ans, mais qui a couvé depuis au moins quinze ans. Où croyez-vous qu’elle soit née ? L’école dégringole mais tout va bien, on a doublé le budget de l’armée. Quand on ne peut pas prévenir la maladie, on panse les plaies. C’est là, la preuve d’une société malade. Et vous en êtes la complice. La haine de la France commence ici. Par le mépris que ressent la jeunesse, mais aussi par le mépris que ressentent ceux qui s’en préoccupent. Oui, complices, lorsque vous faites semblant de croire que nous, qui nous préoccupons de la jeunesse, gagnons 3500 euros par mois. Complices, vous qui saluez quand le gouvernement décide de geler notre salaire. Complices, parce que vous fermez les yeux. Vous savez que la performance des élèves est directement corrélée au niveau de salaire des enseignants ? Non, vous ne le savez pas… Quand je gagne 19 000 euros par ans, un prof allemand ou danois en gagne près de 45 000. À titre de comparaison, le salaire est d’environ 30 000 euros en Autriche, au Royaume-Uni, aux Pays-bas, en Espagne, en Finlande ou en Belgique.
Un jour, je demandais à une classe de BTS pourquoi ils n’étaient pas attentifs alors que de mes cours dépendait l’obtention de leur diplôme. Ils m’ont répondu : « Mais monsieur, parce qu’on sait que notre BTS on l’aura, il y a trop de demande en informatique. Et quand on sortira de là, on gagnera le double de votre salaire. » Ils ne me l’ont même pas jeté à la figure, ils n’étaient pas méchants. Ils étaient réalistes et presque embêtés pour moi. Mais ils avaient résumé mon inutilité en une phrase. Pourquoi voulez-vous qu’ils m’écoutent, qu’ils me respectent ? Implicitement, ils me disaient : « Vous croyez qu’on a besoin de vous ?! » La génération que vous éduquez, chers parents, n’a pas d’autre valeur que l’argent. L’argent est la seule aune à laquelle ils évaluent l’importance d’un être humain. L’argent est le seul moteur de leur respect. Si vous ne gagnez pas d’argent, vous êtes un raté. Une merde. D’ailleurs, certains d’entre-vous le disent à leurs enfants : Un élève de 4ème à qui je demandais s’il savait pourquoi il venait au collège, m’a répondu : « Pour nous garder pendant que mes parents, EUX, travaillent ».
Voilà pourquoi nous parlons beaucoup de nos salaires, parce qu’un prof bien payé, c’est un prof respecté. Et un prof respecté par ses élèves et par l’institution, c’est un prof qui est prêt à faire cours. Un prof respecté d’abord pour ce qu’il est : Quelqu’un qui en sait long sur la matière qu’il enseigne, quelqu’un qui sait faire son métier. Devant une classe de lycéens, je sais faire mon métier. C’est loin d’être le cas de tout le monde. Et vous savez pourquoi je sais le faire ? Parce que j’y suis obligé. Quand j’étais comédien, un comptable m’a payé la moitié de mon salaire parce que, disait-il, il n’y avait plus rien dans les caisses. Je lui ai demandé s’il n’y avait plus rien avant ou après qu’il se soit payé lui-même. Silence. Je lui ai donc répondu que la prochaine fois, jedirai la moitié de mon texte. Il m’a payé, mais au fond, il savait très bien que, quoiqu’il arrive je jouerais l’entièreté de la pièce. Les professions qui sont exposées au public, celles qui sont en bout de chaine, sont obligées de faire leur travail, et de le faire très bien. Un public difficile force à l’excellence. En revanche, un agent de l’État, seul dans son bureau ou devant son ordinateur, peut décider de travailler de temps en temps. Pourquoi excuse-t-on toujours l’administration en levant les yeux au ciel comme pour dire « Ah bah oui, mais ça c’est l’administration, tu pourras pas la changer. »
Allons ! Il pleut dans les classes !

Mais ce n’est pas grave ! On nous dit que bientôt on aura internet au collège ! Wow ! Génial ! En 2017… Attendez, ce n’est pas tout : Avant d’avoir internet, on vous envoie quatre-cents tablettes (qui ne servent à rien sans internet) et toute une flopée de vidéo-projecteurs à accrocher à nos plafonds, ce qui est impossible puisque la dernière fois qu’on a fait ça, ils sont tombés, et on a perdu le vidéo-projecteur en même temps que le plafond… bah oui je vous rappelle qu’il pleut dans les classes, et que les plafonds ne peuvent pas supporter une telle charge lorsqu’ils sont mouillés… Mais sinon tout va bien, l’administration n’est pas du tout en plein délire, et ce sont toujours ces sales profs qui font tout capoter ! « L’absentéisme, vous dis-je ! L’ absentéisme ! »

Maintenant il faut m’expliquer pourquoi, malgré tout ça, un prof reste à son poste. Allez-y ! Vraiment, ça m’intéresse. Quand le travail n’apporte ni argent, ni satisfaction personnelle, pourquoi rester ? L’administration ne nous apportera jamais sa considération, et nous venons de perdre la vôtre, parents. Nous n’avons aucun soutien. Nous n’avons que nous. Nous sommes seuls à pouvoir encore croire en nous, en notre utilité. Nous sommes les Bovary de la République. Nous avons rêvé la société dans ce qu’elle refuse d’être. Nous avons pris conscience du décalage entre nos rêves naïfs et la dure réalité, comme la pauvre Mme Bovary avait confondu mariage et amour. Le malheur vient toujours du décalage entre ce que nous avons espéré, et ce que nous avons en effet. Mais prenez garde. Si nous n’en sommes pas aux trente pages d’agonie à l’arsenic, nous en sommes déjà à vouloir prendre un amant. Il ne s’agit pas encore de quitter le foyer conjugal, mais d’aller voir ailleurs : Il manque des profs de maths et des profs de français, nous dit-on ? Mais pourquoi voulez-vous qu’un étudiant qui a bac+5 dans une filière scientifique fasse le choix de gagner 1640 euros ??? C’est à pleurer de rire.

J’ai été comédien pendant quinze ans. Combien de collègues enseignants ont eu le regard qui s’éclairait à ce mot ? « Comédien ! Quelle richesse que ton parcours ! Tu vas tellement leur apporter!» Tu parles d’une richesse !!! Quinze ans comédien, c’est quinze ans précaire. Presque huit ans que je ne peux pas avoir de logement en Île-de-France et que je sous-loue un appartement. J’entends Marie-Antoinette derrière les grilles de Versailles : « Ils ne peuvent pas louer ? Mais qu’ils achètent ! » Ah ! le vieux mythe du fonctionnaire que les banques adorent ! Pour une voiture à deux-mille euros, ma banque m’a répondu : « Nous ne pouvons pas accéder à votre requête. Fonctionnaire c’est vrai, mais petit salaire ».
D’un emploi précaire, je passe à un emploi précarisé. Mais voilà que j’ose prétendre à quelque chose. Je pense peut-être être riche. Quelle est donc l’exactitude de cette richesse qui serait la mienne ? Un Master 2 en Lettres Modernes, un niveau L3 en Philosophie, une école nationale d’Art Dramatique. Voilà pour la formation. Et côté expérience professionnelle (autre que des trucs de fumeurs de joints parasites, genre danseur, chanteur, performer, comédien, metteur en scène, prof de théâtre, écrivain, que sais-je encore ?) j’ai dans ma besace deux ou trois trucs qui font un peu sérieux, comme huit années à travailler pour le projet d’égalité des chances de l’École Polytechnique. Ça va, ça ? Ça fait assez sérieux, l’École Polytechnique ? J’ai eu en face de moi des adolescents violents, abandonnés à eux-mêmes et qu’on m’a demandé de rendre excellents. Je n’en ai rendu aucun excellent. En revanche, tous sont devenus meilleurs… Et souvent même, de belles personnes. Mais qui se soucie encore des belles personnes ?
Alors, c’est certain, je ne suis pas agrégé, je n’ai pas fait l’ENS, mais j’ai fait des choses, non ? Elle est là ma richesse. Mais qui s’en soucie, n’est-ce pas ? Parfois je chantais le soir, j’allais à Polytechnique le matin, je préparais ma prochaine performance ou mise en scène le jour suivant. Je passais parfois des mois entiers à écrire, écrire, écrire… J’ai cru pouvoir capitaliser cette richesse faite de diversité et d’expérience, pour la réinvestir au bon endroit. J’ai choisi pour ça l’Éducation Nationale… Je ne suis pas certain d’avoir fait le bon choix.

Tenez, écoutez plutôt cette autre anecdote kafkaïenne : Afin de voir si l’enseignement était  bon pour moi, j’ai commencé par être contractuel. J’ai passé un entretien avec une inspectrice un poil revêche et assez tatillonne, mais au moins faisait-elle son travail. Oh ! je ne suis pas naïf, je sais que les reportages de Cash Investigation sur le sujet sont tout à fait réalistes et que, oui, il y a des profs de maths qui ne savent pas poser une division. Je le sais, mon premier poste consistait à remplacer une prof de Français qui avait jeté l’éponge parce que, la pauvre, avait une formation de biologiste… L’inspectrice, donc, m’a tout de suite demandé si je préférais être en collège ou en lycée. J’ai répondu que je ne me sentais pas compétent pour le collège. Elle m’a fait passer des tests et me l’a confirmé : « En effet, vous n’êtes pas fait pour le collège. En revanche, vous serez tout à fait à la hauteur pour le lycée ». On avait donc raison. Elle et moi. Résultat, deux jours après, je débutais en lycée. Et vous savez quoi ? J’ai été un bon prof. Et j’ai adoré faire ce que je faisais. Du coup, j’ai passé le CAPES. Logique !
Quelle idée!!! Quand je suis arrivé en tant que contractuel, j’ai été accueilli les bras ouverts. Quand j’ai eu le CAPES, on m’a traité comme de la merde. Là aussi, le décalage est incompréhensible. J’ai peut-être été un bon prof contractuel. Mais soyons sérieux : Un an de plus à la fac et en formation professionnelle n’a pas pu me faire de mal – ou alors ce serait à désespérer. Pour résumer : Plus tu es compétent, et plus on te chie dans la bouche : En tant que contractuel, outre la considération, voire la reconnaissance incroyable dont je jouissais, je gagnais alors 1880 euros. Je rappelle que je n’avais aucune légitimité pour enseigner, autre que celle d’avoir un vague bac + 4 datant de 1996. L’année terminée, je ne sais toujours pas si j’ai le CAPES mais, ô surprise, je reçois une lettre du Rectorat de Versailles m’avertissant que l’an prochain m’attend, pour l’année entière, une place de contractuel au lycée de Levallois-Perret. Excusez-moi… ? vous savez combien d’années et de points en tous genre il faut pour accéder à un poste au lycée de Levallois-Perret ? Pour un prof lambda, comme je le suis aujourd’hui, c’est tout simplement inaccessible. Eh bien là on me le donnait. Et on m’en avertissait le 10 juillet, pas deux jours avant la rentrée, il faudra vous en souvenir aussi pour ce qui suit.
Malheureusement – oui, malheureusement ! – une semaine plus tard j’apprenais que j’avais le CAPES, et je perdais, du même coup, le poste de Levallois. Pourtant, à ce moment je ne prends pas conscience du problème, je suis tout à ma joie. Je vais être en stage pendant un an pour apprendre enfin mon travail. Ainsi je serai neuf heures en formation, et neuf heures devant une classe. Je continuerai donc d’apprendre mon métier. Et en lycée, s’il vous plaît !
Un an plus tard, passée l’année de formation, je demande à être affecté en zone de remplacement Essonne Ouest, où je ne postule qu’en lycées. La zone est acceptée en juillet, refusée en août : « En fait, même si on a accepté, on va plutôt vous affecter hors de votre zone. C’est mieux. Et puis normalement vous devriez accéder à l’échelon 3, mais on va plutôt vous bloquer à l’échelon 2. Et puis normalement vous devriez toucher 1900 euros mais en fait ce sera pour décembre. Peut-être. Pour l’instant vous toucherez 1640 euros nets. Ah oui, vous avez des primes aussi, si vous voulez. Mais il faut les réclamer. Ça prend du temps… Comment ? Ah ! vous voulez savoir où vous serez affecté ? Ah non ! on peut pas vous le dire, vous savez, c’est l’administration. (Rappel : Toujours prononcer cette phrase avec une sourire gêné et en haussant les épaules en signe d’impuissance.)
On m’avait prévenu, mais je suis naïf, que voulez-vous ? Je crois toujours que je vis dans un pays développé…
Résultat des courses, je suis aujourd’hui en collège REP. Oh je vous entends déjà… Mais vous ne m’aurez pas sur ce terrain-là. Là où j’en veux à l’administration, ce n’est pas de ne pas m’avoir gardé une place dans une banlieue chic de l’ouest-parisien, non, là où je leur en veux c’est qu’ils se foutent de mes compétences : Je ne connais rien au collège. Rien. Quand j’ai postulé pour être contractuel, on a fait attention à tout ça. Maintenant que je suis titulaire, on s’en fout. Comprenez-vous mieux maintenant, chers parents, que ce n’est pas seulement de moi dont on se fout, mais de vous et de vos enfants ? On se fout pas mal de mettre devant vos enfants quelqu’un qui soit compétent. J’ai dix ans d’expérience avec les adolescents de quatorze à dix-neuf ans, et on me confie des sixièmes. Je ne connais pas les programmes, je ne connais pas les codes, je ne connais pas cette tranche d’âge. Tout le monde s’accorde à dire que collège et lycée sont deux métiers différents (sauf nos formateurs qui nous disent le contraire, évidemment, ce qui fait qu’ils ne nous forment pas à cette différence et que chacun se retrouve Gros-Jean comme devant un couteau).
Alors chers parents, vous qui confiez vos enfants à des profs que vous détestez ou que vous méprisez pour leur incompétence, continuez à jeter l’opprobre sur les mauvaises personnes quand votre enfant, qui ne sait pas pourquoi il vient à l’école, est en échec scolaire. Vos yeux et votre colère devraient se tourner vers une administration qui dysfonctionne…

Enfin, même après tout cela, vous ne manquerez pas de m’opposer le chapitre « Réformes ». Ah !Le Mammouth qui ne veut pas être réformé. Est-ce que vous commencez à comprendre que les réformes sont là pour dire que le système marche mal parce que l’enseignement est mal fait. Voilà ce que disent les réformes : Qu’il faut réformer l’enseignement. Mais l’enseignement va très bien, sachez-le. À de rares exceptions près, je ne rencontre que des profs hyper compétents, investis, héroïques de rester dans leur métier malgré tout, héroïques de bien faire ce métier, parce qu’ils savent qu’ils ont une responsabilité. Et je le dis avec autant de recul que j’entre à peine dans ce métier, et que j’ai été le premier à traiter les profs de tous les noms, avant de comprendre le mensonge. Le mensonge auquel vous aimez croire, celui qui vous rassure et qui conforte l’administration dans son incompétence.

Car voici septembre :
« Monsieur, nous avons décidé de vous affecter à un poste pour lequel vous n’avez pas les compétences. Nous trouvons qu’il est mieux pour tous qu’aucune requête de votre part ne soit prise en compte. De plus, nous préférons vous en avertir deux jours avant, de manière à ne pas vous laisser le temps de vous préparer à cette prise de poste dont vous ignorez tout, afin que chacun soit méprisé dans ses besoins, et avant tout les élèves. Il va sans dire, en effet, que les élèves auront devant eux quelqu’un qui n’aura pas le temps de leur préparer des cours décents, ni d’envisager une progression annuelle. Ainsi, vous allez préparer vos cours au jour le jour afin de vous sentir étranglé rapidement et, au moment où vous sentirez que vous êtes prêt à être totalement dépassé par les événements, vous pourrez vous mettre en arrêt de travail. Cette dernière solution serait tout à fait opportune pour l’administration. En effet, il est préférable pour tous que vous soyez absent. En premier lieu pour les élèves. Il est bon pour eux de ne pas avoir cours pendant une semaine. Et puis pour vous, afin que vous soyez fier de vous. Enfin, cela sera bon pour nous. Surtout pour nous. Nous ferons remonter votre absence à la Cour des Comptes afin que nous puissions une fois de plus rejeter notre incompétence sur l’absence des enseignants. Le taux d’absentéisme des fonctionnaires doit absolument venir justifier la politique irresponsable des gouvernements successifs. Nous espérons seulement que vous n’utiliserez pas ce temps pour coucher sur le papier votre témoignage et l’envoyer à des organismes malveillants tels que les syndicats ou les journaux à scandale.
Cordialement. »

Maintenant, chers parents, vous savez. Vous ne bénéficierez donc plus de mon indulgence. Vous avez pris connaissance de l’état des lieux, vous connaissez mon salaire, mon parcours, l’importance que j’accorde à ma mission, l’intérêt que je porte aux élèves et au travail bien fait.
Que l’administration, Cour des comptes incluse, trouve son intérêt à nous maltraiter, c’est entendu. Mais vous ?

Thierry Chollet-Berger

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Thierry Chollet-Berger en 2005, lors de son cours à l’École Polytechnique dans le cadre du programme Une grande école, pourquoi pas moi?

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Thierry Chollet-Berger lisant des extraits du livre de Philippe Lefait lors d’un colloque contre le Handicap en novembre 2013 à Paris.

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L’Espace et les yeux.

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Dans quelques semaines commencera le tournage de mon premier film… J’ai du mal à écrire ces mots : « premier » « film »… Est-ce que ce à quoi je m’attèle depuis quelques années est un « film »? Ne serait-ce pas juste la continuité de mes actions, de ma vie? « Premier »? Je ne pense pas…. Simplement une nouvelle pierre posée sur mon chemin, à tailler, à enjamber… (Heureux hasard? Circonstance gênante? Problème à résoudre?) un morceau de puzzle qui au final révélera au joueur (acteur? spectateur?) les traits d’un visage…. Rose?  « Hunter »?
Pourtant je suis aveugle, et je continue de m’évertuer à vouloir ouvrir les yeux…

Alors que je racontais l’histoire de mon film à une actrice qui participe à cette aventure (là encore nous pourrions nous arrêter longuement sur le terme choisi pour la définir à mes yeux…) celle-ci me disait : « Pierre, vous n’êtes pas un écrivain, vous êtes un poète… » J’avais envie, comme à chaque fois que j’entends ce mot, de sourire et de pleurer à la fois, comme les Pierrot, parce qu’il me rend libre et vivant, mais aussi dramatiquement seul et incompris. Pourtant je me sens pleinement et régulièrement aimé… C’est l’amour qui me sauve, comme il nous sauve tous… On peut donc m’aimer sans me comprendre vraiment… parce qu’on me « ressent »…. comme on ressent la vie… Qui peut dire que de cette vie il  a compris les tenants, les aboutissants? Pourtant, de nombreuses personnes disent l’aimer cette drôle de « vie »…

Je suis très honnête avec tous ceux à qui je propose de travailler sur ce « film » : il va forcément me décevoir. Pourquoi? Parce qu’il va quitter, après de longues années, les obscures et merveilleuses connexions de mon imagination sans budget et sans limite, les pages d’un livre écrit et vécu, pour se retrouver fixé, arrêté, prouvé sur des images… Peut-être un échec?
Surement !  Le « cinéma » est toujours un échec; à l’image de nos vies ratées… attendues… peureuses…
Je vois cet échec annoncé comme une chance de donner un éclairage nouveau à une oeuvre qui ne peut pas être qu’un film, comme chacune et chacun de nous ne pouvons pas n’être qu’une seule « chose ou personne »… Nous voulons et devons jouer tous les « rôles »…
L’être humain se distingue dans sa capacité à se « rêver », dans cet élan qui le pousse à vouloir être plante, oiseau, machine, étoile, « autre », toujours et ailleurs, maintenant et avant, plus loin et plus près… là-bas…  Une « chance »…

Je ferai du mieux que je peux, avec le budget extrêmement réduit dont je dispose, pour offrir aux yeux nouveaux le tremblement qui me traverse quand je pense à ce film. En étant au plus proche de mes sensations et de mes exigences, de mon obscure folie, de ma raison domptée, j’aurai peut-être la chance de me connecter à une personne nouvelle, un être humain qui ignore tout de moi, dont j’ignore tout, et que je veux connaitre. Car si je continue à partager mes créations, aussi absurdes et déroutantes – à l’image de la vie – c’est bien par amitié.

Il me faudra être connecté et vivant.
Il me faudra lutter contre le manque d’argent.
Il me faudra apprivoiser encore de nouvelles machines, sans oublier que la seule qui doit être prise en compte est la machine que je suis.
Il me faudra hurler sans faire un bruit.
Il me faudra être en perpétuel état d’amour.
Il me faudra mourir encore un peu.
Il me faudra accepter de perdre, d’échouer, de briller.

Big ress

www.hunternights.com

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Pierre de jour, Pierre de nuit.

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Pierre Pascual – Autoportrait du 21 mai 2008.

Il y a quelques jours j’ai reçu par email le texte ci-dessous qui m’a profondément et pour de multiples raisons ému. J’ai décidé – en accord avec son auteure – de le partager ici. Présentation et photos sont les siennes (hormis l’autoportrait ci-dessus que j’ai cru bon déterrer parce qu’il est probablement, de mes centaines de « captures », l’un de ceux que je préfère et qu’il me parait illustrer plutôt bien les sombres éclairages qui suivent). 

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(Boisé de Marly, Ville de Québec, 25 mai 2017)

Sous les sycomores, sous les sycomores,
Je danserai comme une psycho-whore
Sous tes sycomores, sous tes sycomores
I shall turn into a magical boar.

À Pierre Pascual
et à ses mille noms et visages,
Béatrice.

bandeau pierre jour

Québec, 22-27 mai 2017

 Life in Plastic, It’s Fantastic!

Suis-je dans un labyrinthe semblable à ceux dessinés dans Les aventures d’Alice au pays des merveilles ?  Suis-je tombée dans le cirque étincelant d’un demi-ado, demi-lièvre de mars qui a mis la main sur la boîte à outils d’une Marlene Dietrich remixée par Rei Kawakubo?

C’est le mois de mars 2017 et Deneuve pénétre pour la première fois les murs de mon petit studio. Première pensée : Il y a encore de l’art queer qui nous épargne son petit message pseudo-humaniste ! Mais pourquoi cette chanson au rythme envoûtant n’a pas fait un carton partout en Europe ? Il était où, cette splendide Reine ? Pourquoi je n’en savais rien ? Et pourtant, la révélation n’a encore rien d’extraordinaire. Lâche les chiens, Je danse dans ma chambre, Paris Paris, Mi novio… et J’aime sentir ta bouche glisser me font rire follement. Mes voisins, auxquels j’avais offert le soir précédant un sublime concerto de Ravel interprété par Martha Argerich, doivent maintenant supporter la répétition affolante de swallow swallow swallow fuck fuck dick dick.

Je rigole, je danse et j’ai soudainement envie de faire trembler toute la ville sous l’influence de ces chansons trépidantes qui bouleversent mon réseau neuronal. Le matin même, j’écoutais Les garçons aux cœurs de filles, mais cette histoire m’interpelle trop et je ne peux supporter de revenir à ce point maudit où se mêlent splendeur masculine, mélancolie et rejet. Il faut surtout danser, défier et défiler lors de matins comme ceux-ci.

Les semaines suivantes, je continue à écouter avec énormément de joie toutes ces chansons, comme dans un Pride personnel et quotidien. Mais ces rythmes ne sont encore que des rythmes parmi d’autres, des sons, des couleurs et des chorégraphies qui ensoleillent mes jours funestes, des fascinations qui relèvent exclusivement d’une jubilation queer que je croyais morte. Je suis sincèrement contente de savoir qu’il y a encore des divas qui se soustraient au mainstream, des magiciens de la transformation qui se permettent tout sans s’excuser, sans se justifier. Je suis pourtant encore très en surface de ces créations et de cet univers qui me donnent envie de sauter et de fêter. Et c’est délicieusement bon de pouvoir être ainsi. La profondeur de la peau, l’abyme des surfaces, ce sont des dons divins qu’il ne faut jamais sous-estimer.

Madame Mille Visages

Mais qui est donc cette persona qui tente tout ? Cette drôle de créature qui ne s’avère être ni (seulement) un travelo cynique, ni (seulement) une diva queer-burlesque post-dramatique comme je l’avais cru ce samedi matin? Il est, par contre, tout et tou(te)s à la fois : le divertissement le plus divertissant, la femme la plus femme, l’homme le plus homme, voire le macho le plus macho, la diva la plus diva, le barbu le plus barbu, le disco le plus disco et, finalement, le plus poète des poètes souterrains.

Mille visages simultanés; visages sélectionnés, multipliés, fragmentés, entamés par le malaxeur magicpop. Préoccupation féroce de toujours se proliférer, de toujours mettre à sa disposition de nombreux miroirs : écrans télé, écrans d’ordinateur, posters, miroirs accrochés aux murs, miroirs figés sur le plancher. Et, malgré tout ça, on ne voit pas tout le temps ses yeux, car parfois il les cache derrière des lunettes dans lesquelles se reflète son propre corps nu, dans chaque verre. Pas de spectacle sans speculum, il le sait très bien.

À chaque apparition, le même souci obsessionnel visant la multiplication et la reproduction de chaque « soi » éphémère. Mais cette fabrication soigneusement entretenue est loin d’être une preuve de narcissisme spécifique à toute nouvelle star du marché, bien au contraire. Car la personne narcissique nourrit sans doute le désir de se voir et de se faire voir, mais pour cela, il faut qu’elle soit toujours splendide, qu’elle puisse tout contrôler, et que le reflet de sa splendeur soit construit selon ses propres règles. En revanche, Pierre Pascual répand la multitude de ses avatars à travers un joyeux et généreux gaspillage de soi. Lorsque tout est attentivement élaboré quant à la musique et aux aspects visuels et performatifs, on n’est guère dans le paradigme du calcul stratégique. Bois-moi, bois-moi est le principe constant de ce partage rituel avec ceux qui désirent le regarder. Loi secrète de la communion : Vois-moi, bois-moi et quand je mets Deneuve en action, et quand je suis your average bearded guy (le clip de la même chanson illustre intelligemment ce jeu dialectique). Mais s’il vous montre ses mille visages, vous devez les accepter tous. Ce n’est pas une question de choix, ni une question de préférence, car si un des archétypes vous échappe, tous vous échapperont.

Mais pourquoi rester au stade de la figure humaine ? On le voit bien : si besoin est, il peut également se transformer en fée pour venir au secours d’un solitaire garçon de la plage. Il quitte ses os et sa chair pour se laisser immodestement imprimer sur un anneau ou au dos d’un blouson. C’est peut-être au travers de tels objets magikitsch qu’il nous réunira tous sous la protection du Grand Esprit de la Fertilité Queer, qui sait ? Pas de gradation, pas de dosage de bon sens : il jette tout d’un seul coup, avec avidité et cupidité. Que faire de tous ces visages ? Qui « performe » qui ? Auquel de ces visages devrais-je donner ma confiance de « fan » ?

***

Pierre
femme de fer
homme de sueurs grossières
tristesse d’hermaphrodite solitaire

***

Regarde-le poussant, avec cynisme et défiance, un chariot de supermarché dans un espace, bien sûr, underground, et défilant dans d’enviables costumes post-avant-garde pré-Apocalypse. Here you have your ultimate hipster…
ou
Cadavre nu et sensuel avouant ne pas avoir de secrets lorsqu’il utilise ses petits outils sadomasochistes pour s’enrober en secrets
ou
Mélancolique figure de femme-statue dont le teint est illuminé par une délicate blouse jaune – on dirait qu’une des silhouettes tristes et pourtant dominatrices de Modigliani est descendue parmi nous, tristes mortels condamnés à une médiocre détermination des sexes
ou
Cheveux hystériques dévoilant une bête dégueulasse, une maîtresse vampirisée, un Héliogabale ruiné. Des sexes expirés, d’autant plus exaltés
ou
Petit lapin porno simulant le chic parisien à l’aide de perles et de gants blancs
ou
Sorcier oriental dompteur de fauves dont le corps entier devient un trémolo byzantin.
Il pourrait être ton guide dans un sex-shop parisien (intitulons-le Pierrotica) régi par Huysmans feat. Jelinek, où il mixerait torture et plaisir pour te préparer ensuite un tombeau de mousseline noire afin qu’y reposent tes couilles ou ton vagin écrasés. Il pourrait être, à la Sorbonne Nouvelle, ton professeur de philosophie à l’air le plus hétéronormé qui soit. Il est athée, mais pourrait aisément jouer un Christ à la Pasolini. Ou peut-être serait-ce plutôt le Christ qui aimerait jouer Pierre Pascual ?

***

Pierre
tes cheveux portent encore le goût de l’enfer
Pierre
les ondulations de ta peau font brûler l’hiver
Pierre
sur tes blessures d’or j’erre

***

The queen of music, the queen of fashion, the goddess, the artist every fucking artist wants to copy…Oh my God I’m an actress…Mais on a déjà entendu tout ça! Sauf qu’il s’agissait d’artistes qui ont (par ailleurs merveilleusement) livré ce message seulement après la bénédiction des laboratoires qui les ont créés. On dit qu’on est une diva seulement après avoir mis en place, de manière parfaite, tous les ingrédients pour en être une. Sinon ce serait absolument ridicule et surtout nul. Une stratégie trop simpliste, certes, et trop prévisible lorsqu’on s’appelle Pierre Pascual…

Il a, en revanche, d’autres choses plus intéressantes à nous montrer : une séduisante autodérision postmoderne, un fort appareil d’ironie tourné vers soi-même, sa façon intelligente de se mettre en scène à la Brecht et une certaine honnêteté intellectuelle consistant non seulement en l’exposition de la subversion, mais également des mécanismes qui la constituent – et cela, toujours sous nos yeux. Quelle réussite, cet effet de distanciation posé par les poses mêmes de l’Artiste ! Quel plaisir pour l’esprit que de le voir se mettre perpétuellement en abyme ! Deleuze aurait certes aimé cette silhouette impertinente qui répand ses lignes de fuite et ses rhizomes partout. Cet animal sauvage qui aime les cosmétiques, les paillettes, les corsages et les vernis orange ou rouge sang, en élaborant sans cesse sa propre machine sale de désir. Ce poète et performeur qui accomplit avec tant de grâce la jouissance du schizophrène.

Surinterprétation ? Peut-être. Mais peu importe ! Car tout ce qui s’ouvre à moi est mon objet et, dès que je le touche, il devient inévitablement, tel un palimpseste, et sa nature première, et l’écriture que j’y incruste. Il n’y a rien de tel que la surinterprétation, il n’y a que la bêtise des gens qui ont peur de Rencontres et de leurs dérives transfiguratrices.

Chose Chaton. Chose Platon. Chose Garçon. Chose Dame.
À jamais il pénétra mon âme.

Je rêve de Dionysos quand Pierre danse…

Un Dieu rapace qui agace un trop bel androgyne. Salomé raté qui ne connaît pas la honte. La grande prostituée de Babylone s’adonnant aux sonorités pop. Géant Bouc impénétrable qui fait hypnotiser ses ménades dont le sexe reste toujours inconnu. Je ris, mais je ris jaune, j’ai peur, je délire, j’hallucine, j’invoque le Pierre au sourire complice et détaché.

Arrête-toi, Dionysos de supermarché ! Montre-moi ton vrai visage. Ton visage diurne, ton visage à la lumière du soleil. Sinon je ne saurai où déposer l’offrande.

Ton corps de starlette trans sans imprésario et sans agent de publicité vibre dans l’ivresse bacchanale et j’imagine que même tes entrailles suivent ce  rythme déchirant. Vous avez tous mangé la lune ; vous n’avez qu’à dissoudre vos chairs orgiaques, épuisées, dans l’obscurité. Ténébreux banquet dont l’orgasme restera froid malgré le frottement fiévreux des sexes. Tu commandes à tes esclaves Bois-moi, bois-moi, mais il leur est impossible de le faire car leurs carcasses sont déjà gavées de leurs propres viscères putréfiées. C’est toi qui as bu tout le sang du monde, mais tu n’en as pas assez. Dévorateur de corps, dévorateur de pop. Popcorps(e). Mi Dios es un zombi.

Montre-moi ton vrai visage, Maître de l’extase, et je t’en fabriquerai un autre, plus faux et plus trompeur que tous les autres que tu aies jamais portés.

Impétueux Dionysos, où que tu sois, donne-moi ici, sur un plat, la tête de Pierre.

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Salomé par Franz von Stuck

Tota pulchra es, Petra!
Sepulchrum Petra est.
Veninosa
Lacrimosa
Petra
Divina urethra
Petra
Scelerata
Gratia plena
Sacra vulgata
Regina Parisii
Pedicator Babylonis

Nymphalidae

Je regarde les yeux de ce jeune homme filmé en 1993 au bord de la mer, dans le Sud de la France, et je tremble de mélancolie et d’effroi. Mes années 90 m’envahissent instantanément. Petit pays est-européen, pauvre et gris, toujours en retard, toujours complexé, petit pays qui a une folle envie de boire, après les sombres années de dictature, tout le Cola de l’Occident, de manger tous les hamburgers qui se sont finalement frayés un chemin vers cette population oubliée par le monde entier. À cette heure, la mission nationale c’est de dévoiler les ex-collaborateurs de la Sécurité afin qu’on devienne « un pays civilisé ». C’est grâce à une telle « purification » que mes parents pourraient eux aussi rêver d’avoir une maison comme mon oncle qui habite aux États-Unis : il nous envoie régulièrement des photos témoignant d’un pouvoir d’achat pour l’instant inatteignable chez nous. « Que Dieu nous aide à bâtir une petite jolie maison, pas plus, juste une petite jolie maison », prière constante et fervente de maman.

Les nationalistes orthodoxes se battent contre les hippies qui viennent de découvrir le nirvana, la mandala et le nudisme. Les néo-protestants ont enfin le droit légal de raconter aux gens comment nos anges gardiens notent tout ce que nous faisons sur des parchemins sans fin. Odeur de bière cheap et de fake Armani. De la musique arabe et turque, Twin Peaks, Dallas, les films indiens, las telenovelas. Des chanteuses qui se vendent en tant que Madonna locales, dévoilant peu à peu leurs seins. Une moitié de la nation croit que Michael Jackson est une créature surnaturelle envoyée par les dieux, l’autre croit qu’il est un pervers qui témoigne de la décadence occidentale. Je regarde You are not alone à la télé chaque matin avant d’aller à l’école où je me fais insulter et humilier par cette enseignante qui connaît sur le bout des doigts toutes les punitions d’origine soviétique. M.J. me semble juste être une créature désespérément en quête d’amour fraternel et j’aimerais bien pouvoir le serrer dans mes bras.

Malgré les différences sociales, nous sommes tous de vrais chrétiens ; et c’est de cela dont on se souvient lorsqu’on rejette finalement les « perversions » de l’Occident. Chez nous, il n’y a pas de sodomites. Peut-être juste quelques-uns, dans le Parc de l’Opéra. Un endroit qu’il faut absolument éviter si on est un jeune et bel étudiant, puisque c’est là que les tafioles attendent leurs proies pour les violer et même les tuer. Car – tout le monde le sait – les homosexuels tuent, par jalousie, beaucoup plus que le reste de la population.

Tout va bien, nous sommes une nation saine et fertile. Toutefois, le mot interdit revient de plus en plus fréquemment sur les lèvres, même les plus pures. Un mot surgi des caves les plus obscures, un mot qu’il faut prononcer à voix basse juste pour savoir comment éviter et punir les êtres anormaux qui l’incarnent.

Pendant ces années, homosexuel est peut-être le terme le plus aimable dans une horde de dénominations abjectes et cruelles, censées tout simplement nier le statut d’être humain de ces « mecs malades ». [Par ailleurs, c’est le terme que j’affectionne le plus même aujourd’hui, beaucoup plus que « gay », car je ressens et revis, en le prononçant, toute la haine destructrice qu’il contenait. Et c’est précisément cette haine qui me fait aimer davantage mes garçons aux cœurs de filles.] Le mot circule de temps en temps dans notre foyer et je me demande pourquoi il faut rejeter ces hommes s’ils sont « beaux, efféminés et fragiles ».

Petit mot doux des nuits surveillées par la police, des boîtes illégales, qui réunit tous les esprits tordus ne trouvant pas leurs places dans les histoires d’amour qui se «reproduisent». Petit mot doux qui fait rougir le pasteur provincial et inculte qui a le devoir solennel de le prononcer afin que les garçons de sa triste communauté sachent qu’ils sont en train de crucifier Jésus-Christ encore une fois et qu’ils vont brûler en enfer si jamais… Petit mot doux qui attriste toutes les mères égoïstes qui veulent des fils «normaux», des petits-fils «normaux», des enterrements «normaux».

Petit mot doux resté là, patiemment, attendant que je lui donne un peu de tendresse.

***

Quelques années plus tard, Eurovision 1998. Sur scène, une prétendue «femme», certainement possédée par le diable ; un signe des temps, un signe que les prophéties de l’Apocalypse commencent à s’accomplir une à une. Aucun doute : Jésus reviendra bientôt sur Terre pour le Jugement Dernier. Et les pédés, Il ne les reconnaîtra pas. Moi je ne comprends rien à cette hystérie. Je ne vois que la beauté et la joie de cette musique hyper entrainante, la charmante langue orientale qu’Elle articule, la splendeur de ce corps parfait, ce sourire authentique comme je n’en ai jamais vu chez les femmes fatiguées et sordides de ma communauté. Et, par-dessus tout, je suis médusée par la gloire éblouissante que cette femme répand autour d’elle. Pecado nefando.

Viva la Diva, Viva Victoria

2017. 29 ans et je ne les ai pas trop aidés à voir leurs rêves domestiques se réaliser.
J’ai en revanche une grande famille de frères et de pères douteux, chacun avec son art et son petit milieu perverti.
Ce sont eux qui ont séché le pouvoir fertile de mon utérus, ce sont eux qui ont détourné mon devoir de femme.
Maman, pourrais-tu prendre soin de lui ?
Tu vois comme il est beau et fragile.
S’il te plaît, maman, en mon absence, regarde-le comme ton propre fils.
J’espère que l’enfer est une boîte gay, avec de la bonne musique queer.
J’espère qu’il sera possible d’y accéder en talons aiguilles, car je tiens trop à mes chaussures rouges en cuir verni.
La nuit sera longue, très longue, car il y aura énormément de garçons qui voudront danser avec moi.
Que celui qui brûle le dernier pense à Queen Beatrix et à ses escarpins rouges !
Dernier détail, cher Christ revenu sur terre,
puis-je demander pour ma crémation une playlist 100% Pierre Pascual ?
Ai-je droit à une dernière blague de mauvais goût, genre top vs. bottom ?
Homosexuel, homme sexuel, laisse-toi transporter dans mon ciel. Mon Paradis à moi, mon Paradis pour toi.

***

Minuit ou presque. J’avance dans l’obscure forêt québécoise, mais je suis moins audacieuse qu’il ne le parait, car je cherche une place qui me permette de voir la station de bus du terminus.

Je sers dans mes bras un immense arbre avec lequel je n’avais jamais parlé. Le baiser que je lui donne vole dans l’air et arrive dans mon petit pays où il se colle sur la peau de tous mes garçons.

Si ma destinée est d’être la proie d’un esprit mystérieux, par une nuit étoilée (quel plafond gay !), je le suivrai sans résistance. Je n’ai plus rien à craindre sous les sycomores. Car mon cœur est aussi un interminable sycomore, sous les branches duquel tous les garçons aux cœurs de filles pourront tranquillement travailler à leur costume de sirène.

Et ta musique, Pierre, ne finira jamais.

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Le livre des cendres d’Emmanuelle.

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C’est avec une joie non dissimulée, une fierté immense, que je partage aujourd’hui la dernière publication des Éditions Le Sélénite que j’ai créées il y a à peine un an.
Ce Livre des cendres d’Emmanuelle que j’ai voulu publier sur un papier Pearl gris, est l’hommage que je voulais rendre à celui qu’il l’a écrit — Louis-Jacques Rollet-Andriane — et à celle qui l’a inspiré : Marayat Rollet-Andriane.
Mon amour pour Emmanuelle Arsan — qu’ils incarnèrent tous deux, chacun à leur façon — a été partagé au travers de ma publication précédente (La Philosophie Nue d’Emmanuelle Arsan, avec l’essentielle postface de Suzanne Brogger) mais prend toute sa dimension dans cette publication inédite qui est une collaboration avec l’éditeur Jean-Claude Grosse (des Cahiers de l’Égaré) à qui L.J. Rollet-Andriane a remis il y a dix ans le tapuscrit de ce Livre des cendres.
Quand j’ai écrit à Jean-Claude Grosse pour lui faire part de mon intérêt pour E.Arsan et pour le remercier d’avoir édité ses derniers textes (magnifiques, les plus beaux!) — moi qui pensais avoir tout lu — j’ai été choqué, émerveillé, de savoir qu’il me manquait encore une dernière pierre à poser sur cette statue en mouvement (de vent, d’espoir) qu’est « Emmanuelle »… que Louis-Jacques, après la mort de Marayat, avait écrit… Parce qu’il ne pouvait pas s’en empêcher
(Comment ai-je pu croire qu' »Emmanuelle » était « finie »?)
Avec Jean-Claude Grosse nous avons décidé d’une édition conjointe (qu’auraient certainement aimée L.J. et Marayat…); je me suis chargé de l’édition de tête (à laquelle j’ai décidé d’ajouter trois lettres de Louis-Jacques et une photo de photos de Marayat et L.J. prise par mon ami J.Saraben chez Pierre Molinier (un autre amoureux des Emmanuelle!!) en 1974; et Jean-Claude Grosse de l’édition courante.
Toutes les informations sur cette publication de tête, numérotée et limitée à 30 exemplaires se trouvent ici : http://www.leselenite.fr/livre-des-cendres-d-emmanuelle
Pour commander : http://leselenite.tictail.com
Quelques exemplaires seront également vendus, selon disponibilité, sur Ebay et Price Minister.

Emmanuellement vôtre
P.Pascual

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Cher correspondant Facebook X.

Cher (correspondant Facebook x),
Je crois que j’ai une problématique inverse à la tienne : je suis en capacité présente de mener à bien, seul, tous les projets que j’ai en tête ou au moins de les initier et de trouver rapidement les personnes qui peuvent m’aider pour le (projet x), ou le (projet y), ou le (projet z), ou le (projet z bis), mais je me sens totalement paralysé par le système, la société; ce système cette société dont je n’aime ni les règles ni l’argent : je ne veux pas faire partie de ce système, je ne veux pas gagner cet argent sale qui tue beaucoup de monde… je crois énormément en l’Homme (je veux l’aimer et travailler avec lui) mais je ne crois pas en cette société, elle me répugne… J’ai bien entendu ce que tu as dit la dernière fois « oser le dosage » peut-être que je dois apprendre surtout à composer…. C’est déjà cette problématique qui m’avait fait arrêter Cartel Couture à l’époque où on commençait à bien marcher. J’avais à côté Chose Chaton qui me semblait plus radical, plus vrai, plus anarchiste et plus révolutionnaire et j’ai pris la voie de la révolution …. Même si je décidais aujourd’hui de refaire un album et des clips, je me sentirais incapable de faire une télé où y’a de la pub, ou un concert avec des sponsors…  malgré ça je n’aimerais pas faire qu’un album politique et dénoncer genre (artiste engagé x) ; la (superstar y) ancestrale qui est en moi voudrait continuer à danser et à être totalement l’incarnation du système… Je suis donc bloqué, paralysé. J’avais résolu momentanément ce problème en écrivant. Dans un livre je peux tout être et il n’y a pas de pubs à l’intérieur. J’étais heureux quand j’écrivais le matin et que je faisais l’amour ou que je lisais ou que je me baladais l’après-midi. Même si je souffrais du manque d’argent (autre problématique : je hais le système de l’argent mais je suis content quand j’en ai un peu…) Peut-être que je suis sur la bonne voie en imaginant ce (projet x) ou ce (projet y) où il y aurait de la musique et que je diffuserais sur (espace x) ou (espace y). Si je choisis ça et que je me lance il me faudra réussir à ne pas faire entrer tous mes projets dans un seul, et réussir comment dire non – à l’intérieur de moi – à certaines personnes que j’aime et que j’aimerais aider en les faisant travailler avec moi… être donc un peu plus centré sur moi que je ne le suis actuellement (j’ai tout ouvert et je me sens plus proche de l’individu générique, de l’être humain que nous pourrions tous êtres, de l’humain souche que nous somme tous, que de « moi » petite individualité avec sa petite histoire…). Dans l’idée je sais que j’ai fait le bon choix mais il m’empêche de me reconcentrer sur ce que la société du spectacle demande : un petit individu très marqué, faussement original qui parle de ses petits problèmes son petit pipi son petit caca… Encore aujourd’hui les «bêtas» me font rêver… ceux qui acceptent cette société car ils ne réfléchissent à rien… Je trouve que (superstar y) est restée au stade de l’amibe mais elle est la reine des amibes… j’ai encore envie d’être reine de quelque chose, de voir des yeux briller pour moi, c’est égoïste et idiot… Je n’accepte que la sexualité qui ne ment jamais… j’ai la chance de pouvoir vivre ça… c’est de la pure vie, bien loin de la fausse vie du spectacle… Il me reste des exemples de vie comme celle de (artiste x), qui fait des albums sans faire de promo, de télé… des exemples comme (artiste y)…  c’est-à-dire des personnes qui sont dans le système mais tout au bord du cercle, à l’intérieur, des sortes de dandies… Je crois que ma chance de m’en sortir sera dans le «faire» sans trop réfléchir… mais en même temps je «fais» et au bout d’un moment j’arrête car j’ai peur de ce que « la suite dans le monde et avec le monde » sera ; parfois c’est si problématique et douloureux que j’ai envie de tout arrêter… et juste écrire, lire et faire l’amour : mon tiercé gagnant. Si seulement j’étais capable de faire ce choix…. mais ma petite (superstar y) intérieure se met à hurler… mon petit (artiste engagé dans le système x) intérieur se met à pleurer, tout en étant heureux de devenir enfin un petit (artiste engagé hors du système z) !!! Soit je n’ai pas encore fait un deuil, soit je suis bloqué, m’autocensure et m’empêche de faire de nouvelles choses… Ma tête est trop lourde, avec tout ce que j’ai à l’intérieur mais aussi dessus : le poids de mes cheveux. Je me suis interdis de les couper avant de pouvoir me filmer, m’incorporer dans une œuvre et les montrer dans leur pleine liberté et longueur…mais ils me fatiguent dans la vie, et j’aimerais pouvoir me foutre de ce « moi en représentation, idéalement, dans une œuvre » pas parce que c’est pas bien mais parce que je ne peux pas vivre pleinement la même chose dans la vie….  je veux que mon œuvre et ma vie avancent ensemble, tu te rappelles je t’avais dit ça un jour chez toi ? Et – chose importante – je ne veux plus sacrifier ma vie, la douceur de vivre dont je rêve, pour le spectacle (car je sais d’expérience que cette vie est un enfer, au sens où tout dans le spectacle est à l’image de la Religion que je déteste). C’est un peu ça mon problème… la Religion on peut l’ignorer et faire sans mais le Spectaculaire intégré on ne peut pas y échapper si on fait des chansons, des films etc…. Tout serait SI SIMPLE si j’étais moins lucide… Avant j’avais l’alcool pour m’abrutir et me rendre servile et docile ; mais, depuis 5 ans, sans aucune substance extérieure autre que celles produites par mon corps, je ressens et je vois 24 heures sur 24!!! J’ai gagné en force, c’est indéniable, mais j’ai perdu la faiblesse qui me permettait de m’adapter aux moules, aux cases demandées… Hier je suis allé voir le film de (cinéaste x) que j’ai toujours adoré. Son film m’a fait du bien car je ressens un être humain derrière, pourtant c’était dans une salle où j’ai dû me manger de la pub… Dois-je accepter d’être une sorte de calculateur et rentrer dans le système pour le combattre ? Je ne sais pas si j’en serais capable (ce serait comme revêtir une soutane pour aller faire bouger les choses jusqu’au Vatican…) Ces réflexions sont insolubles… Tu vois le point où j’en suis rendu ? Je pense qu’il n’y a rien d’original malheureusement, et beaucoup de créateurs comme moi se sont arrêtés à cause des mêmes raisons… alors que me reste-t-il? L’activisme révolutionnaire ? Je ne sais pas si j’ai vraiment envie de battre le pavé comme ça… Si on considère la société comme un cercle, je suis en équilibre sur le bord du cercle, en danger, et je dois décider si je fais un pas en arrière pour rester dans le cercle dont je connais les règles (que je n’aime pas mais qui sont une sécurité ) en acceptant de vivre face a un mur très haut que j’avais réussi a escalader ; soit en sautant dans l’inconnu qui représente tout ou rien (mort symbolique ou mort réelle, pleine renaissance, vraie vie, folie, que sais-je encore, le langage est si handicapé et handicapant…)  Je sais que certaines personnes comme moi, la société les soigne à coups de médicaments (mais c’est la société qui est malade, pas eux) et je suis bien heureux d’avoir réussi à « être pleinement » sans avoir à tuer tout ça en moi, en m’abrutissant avec je ne sais quoi… Mais que dois-je en faire maintenant ? rien ? dois-je me sacrifier pour le bien commun et créer, parler, dénoncer… ou juste vivre sans plus me soucier de rien… Voilà qui je suis, l’être que je suis… il est complexe… compliqué… il demande un peu d’apaisement et de douceur… mais il ne peut plus fermer les yeux ! Je ne pense pas être différent de tous les autres Hommes, c’est ça qui est encore plus angoissant. On penserait tous ça et on ne ferait rien??? Si j’avais de l’argent je crois que je voyagerais, pour vivre, voir et faire l’amour. Profiter des paysages et des cultures. J’écrirais peut-être, je filmerais peut-être ; pas sûr… je posterais des choses, pas sûr… si j’avais de l’argent je ne m’en soucierais plus, je l’aurais malgré moi et c’est tout, alors je le dépenserais sans compter, pour juste vivre… je me divertirais avec les paysages du monde qui seraient mon spectacle, et moi au milieu ! anonyme et pleinement présent. Dans un futur qui n’existe pas et qui ne me fait aucunement peur, comme tous les êtres nés au présent, vivants au présent, morts au présent.

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Une humanité x, y, z, pleine d’espoir.
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Divers

Pourquoi il ne faut pas avoir peur de la victoire de Donald Trump.

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Parce qu’après des décennies de fascination pour la Politique, le Spectacle, la Stigmatisation, le Rejet, l’Infantilisation, la Schizophrénie Étatique, nous devons accepter d’aller droit dans le mur, pour abattre ce mur qui fait fantasmer tant d’incultes, perdus, dont le seul trésor est la colère, la haine. Une fois qu’il ne restera plus rien des idéaux des uns et des fantasmes des autres, nous serons peut-être prêts à rebâtir ou à simplement vivre parmi les décombres de l’ancien monde, mais VIVRE !
Entre la promesse d’un au-delà d’un côté et la promesse d’une vie meilleure tous les quatre ou cinq ans de l’autre, reste cette donnée absolue et inattaquable : NOUS sommes en charge de NOTRE présente vie et nos exemples individuels influenceront nos voisins qui, eux aussi, en influenceront d’autres.
La DÉMISSION d’un seul qui, apeuré et épuisé, confie son corps à une Haute Instance de la Morale et du «Mieux Demain» est un manque profond pour tous les êtres humains que nous sommes.
L’élection de Donald n’est pas plus effrayante que celle de Valérie Pécresse ou celle, prochaine, du premier des imbéciles. La parole de Donald n’est pas plus effrayante que la mienne qui vous parle sans vous connaitre et sans que vous me connaissiez. L’important est d’avoir SA parole, et que chaque parole puisse être exprimée sans être enterrée ou glorifiée.
La Démocratie arrive au bout de son mandat. L’Homme Libre va devoir dans quelques décennies accepter le sien. Il sera déstabilisant, mais finalement pas plus que le pouvoir accordé aujourd’hui à McDonald Trump.
Arrêtons d’être tentés par le futur probable, rêvons le présent possible !
Un cauchemar devenu (télé)réalité n’a jamais empêché de vivre et de penser ; d’arrêter de rêver, si !
Bonne nuit, les petits!
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