Rose Turningham

Première critique de Rose Turningham.

Armel bandeau critique Rose

Placé par définition sous le signe du premier roman (ce qui est bien) et par nécessité sous celui de l’autoédition (ce qui est encore mieux, quand elle est gérée avec rigueur et élégance, c’est le cas), Rose Turningham ne ressemble à rien de connu, et cela constitue, il faut bien l’avouer, l’un de ses aspects les plus passionnants.
Semblable à Thésée déroulant un fil d’Ariane qui se confondrait avec son propre fil, et du fil au film, il n’y a souvent qu’un pas, le narrateur ou la narratrice – selon l’identité (l’humeur?) du moment, dont la palette court de Garance à Céladon (on a vu pires parrainages) – livre le récit hautement initiatique, censément crypté (ce jusqu’à la première page) mais jamais rebutant, d’une existence menée à fond la caisse, et dont la ligne de conduite aurait quelque chose à voir avec l’absolu don de soi.
En imprimerie, « garance » et « céladon » sont des couleurs parfaitement complémentaires. Ramenées à l’essence d’un personnage-clef à la fois semblable et différent, pareil et pas pareil, cohérent et multiforme, ce sont les deux versants d’un androgyne 2.0, traversant avec la même candeur rien moins qu’apparente (i.e. : une lucidité identique), des décors droit sortis, selon les moments, d’un film expérimental façon Kenneth Anger ou Werner Schroeter, d’un manga japonais, d’un road-movie fauché ou d’une fresque almodovarienne « première période », de celles remontant à l’époque où le co-inventeur de la Movida n’était pas encore devenue une vieille dame obèse et pontifiante obsédée par sa propre légende.
De légendes, précisément, ou plus exactement de mythologies, archaïques ou contemporaines, il en est beaucoup question, tout au long de Rose Turningham, d’abord, des fondamentaux de son auteur ensuite, tel qu’on le devine en creux en parcourant ses articles de blog. Au lecteur de les décrypter. À lui aussi de ne pas tomber dans les chausse-trappes incessants d’une narration à la fois cohérente et éclatée, conçue comme un trompe-l’œil : si le style de Pierre Pascual semble toujours un peu hésiter entre maniérisme (on l’a beaucoup reproché à Simon Liberati, cela ne l’a jamais empêché d’être un auteur essentiel) et flamboyance, écriture automatique et propension aux méandres, la plume n’en reste pas moins brillante, et, au-delà, d’une précision absolument sidérante.
Les écrivains ne sont jamais aussi passionnants que lorsqu’ils maîtrisent, à la façon des étoiles de ballet, ou bien des chats, l’art de bien savoir retomber sur leurs chaussons de danse ou leurs coussinets. Pierre Pascual a, visiblement, beaucoup fait bouger son corps, depuis le dernier tiers des années 90, et, visiblement, il lui en est resté quelque chose. Rose Turningham ne dit pas autre chose au fond : danser, c’est vivre.
Rose Turningham, parée d’un patronyme sonnant avec autant d’efficacité qu’Eleanor Rigby en son temps, est un peu l’équivalent 2.0 de la Cantatrice chauve – version chevelue – de l’anti-pièce que l’on sait : une sorte d’Arlésienne, dont on parle beaucoup mais que l’on voit peu. Ou alors une voix de femme, comme chez Duras… En fait, c’est un peu la petite sœur anglo-saxonne de Lol V. Stein ou d’Aurélia Steiner, réduite à de fugaces et mystérieuses apparitions, et pour autant omniprésente, d’un bout à l’autre, tout au long d’un récit pour le moins aussi échevelé que son auteur pouvait l’être dans les années 2000, mais ne négligeant jamais de s’accorder de salutaires pauses.
Que sait-on, « l’objet » Rose Turningham refermé, de son/sa protagoniste, envisagé(e) au prisme du garance vif ou du délicat céladon ? Peu de choses et beaucoup à la fois. Dans les grandes lignes, ce que son auteur a bien voulu livrer de lui (d’elle) au prisme d’une plongée en apnée dans la vie réinventée (ou non) de son double (ou pas) littéraire.
Qu’en a-t-on retenu ? Trois fois rien. Une écriture déroutante, derrière laquelle pourrait très bien se cacher, bien plus qu’une quelconque petite musique, un véritable style ne ressemblant – c’est le propre du style en soi – à aucun autre. Un imaginaire totalement dépourvu de limites, faisant se côtoyer des astronomes obsessionnels, des couturières-costumières fortes en gueule et d’archaïques comtesses offrant leur derme centenaire ou presque en guise de reliure à des bibliophiles avertis. Une sorte de vertige permanent, de ceux qui transforment à son corps défendant, le lecteur en fildefériste.
Bien plus qu’un livre. Bien mieux qu’un premier roman. La lecture de Rose Turningham relève avant tout de l’expérience métaphysique pure. Ce n’est pas la moindre de ses qualités.

Armel De Lorme.

Encyclopédie du cinéma français : http://www.aide-memoire.org/

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Rose Turningham

Les sorties de Rose.

Rose

Je ne sais pas si on peut, pour un livre, considérer une date de sortie. Quand sort-on de soi-même ? Quand y entre-t-on ? Comment définir le jour exact ?
Je ne pourrai pas répondre pour Rose Turningham. Je me rappelle à peine d’un certain mois de juin où les premières «images» du livre m’ont assailli : je marchais au milieu d’une foule, sous le soleil. Je me suis arrêté devant un homme qui vendait sa collection de pipes anciennes. Il me montrait le bois, l’os sculptés de certaines d’entres elles. Il était un peu triste mais résolu à s’en débarrasser. Je tenais une de ces pipes dans les mains. Je les ai toutes achetées.
Sur le chemin qui me ramenait chez moi, à moi, d’autres images. Un fauteuil, des jambes, des livres. Il ne m’est pas possible de décrire ces images plus précisément sans risquer de dévoiler la jeunesse, la genèse, la vieillesse ? de Rose (qu’il faut lire puisque c’est un livre… pour l’instant.)
Hissé jusqu’à mon ordinateur avec ma collection de pipes – moi qui ne fume pas – j’ai commencé à prendre des notes. Je me suis rendu compte que je tenais là le début d’une histoire écrite en Dordogne quelques mois auparavant (un mois de janvier froid et silencieux). Rose Turningham naissait. C’était son jour de sortie, dans le monde des vivants. Vivants? N’était-ce pas elle qui vivait et qui, de par son arrivée, me rendait la vie ?
La vue. Voyant. Au-delà des apparences.
À ce jour de la «sortie du livre» Rose survit en moi. Elle est apparue puis m’a quitté. Désormais elle flagelle entre deux mondes, espérant trouver ceux qui lui permettront de «sortir» à nouveau. Je ne peux malheureusement plus rien pour elle. Tout ce que je dirai d’elle en dehors du livre ne fera que l’éloigner de moi. Ne fera que préciser l’imprécisable, prouver l’improuvable, poétiser la poésie, si faible, comme une lueur qui persiste au bout d’un monde de nuit.
Poétiser c’est monétiser. Ça écorche la langue.
Vivre c’est la poésie. Rien de moins.
Sortir un livre c’est un peu des deux. Et je ne me suis jamais habitué à considérer ces frontières qui me séparent de moi. Mais je joue le jeu. Pour tenter de créer des ponts. Vers ceux que je considère comme des amis, présents, futurs, et qui pourraient aimer Rose comme je l’ai aimée. Après tout je ne suis qu’un des artisans de sa vie. Il y a l’homme aux pipes. L’homme que j’étais en Dordogne ce mois de janvier. L’Homme tout court. Puis celui qui lira. Le «réalisateur».
Chaque réalisateur a besoin d’une actrice.
Chaque actrice a besoin d’un texte, d’une direction.
Chaque texte a besoin de poésie.
La poésie n’existe pas. Elle est.
Allez sortir un livre avec ça. Tragique.
La tragédie est une mascarade. Un masque posé sur un visage fantôme. Mais on s’en accommode, nous peuple des voyages, des naufrages, dans les moi et les temps, les monde et les vents, les fuites en arrière en avant, les tentatives touchantes, blessantes, mortelles.
Belle vie à toi, Rose.

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Rose Turningham

Les trois premières pages de Rose Turningham.

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  J’habite une pièce vide. Une loge ensoleillée comme un jardin d’hiver où poussent les fantômes, les cadavres, mes derniers rêves. Un réduit que je partage avec celles et ceux que j’ai été. Je ne compte plus mes printemps.
Quand j’ai compris qu’à mon tour j’allais mourir j’ai décidé de raconter. Raconter. Je n’y avais jamais vraiment pensé. Pour quoi faire ? Et raconter à qui ?
Doit-on raconter sa vie avec la certitude d’être entendu ? Je n’en sais rien. Je n’ai plus beaucoup de certitudes. C’est à peine si je me souviens de mon nom.
Je porte le nom d’une fleur, une fleur jaune, une fleur dont le rouge des racines sert à colorer des tissus. Garance ! Une fleur avec du sang dans les veines. Avec un cœur qui bat. Garance. Garance.
Maintenant que vous êtes là ce cœur s’ouvre. Comme une bibliothèque coulissante qui abrite un passage secret.
Comment avez-vous découvert que ce vieux meuble poussiéreux cachait un couloir invisible ? Parce que vous en avez lu tous les livres. Un par un vous avez ouvert les ouvrages du monde, pour plonger dans les mers que des poètes avaient creusées pour vous en plein désert, et finir par planter vos drapeaux sur des étoiles aux noms imprononçables.
Je n’ai pas retenu tous les noms qu’on m’a donnés. Certains esprits disparaissent dès qu’on les appelle : je suis l’un d’eux.
Aujourd’hui j’ose mettre des mots sur ma vie. Pour mourir en grandes pompes. Dans un joli costume. Un costume de sirène.
Ce n’est pas juste après tout : ma voix, ma voix c’est celle de mes vingt ans, c’est quasiment la même. Mes rêves, ce sont mes rêves d’enfant, ils n’ont pas beaucoup changé.  Alors pourquoi le corps devrait-il tout détruire ? Il vous trompe. Il vous fait son petit cinéma.
Je n’écrirai qu’un seul livre. Et peut-être que ce ne sera pas un livre : je ne sais pas encore comment je vais pouvoir raconter cette histoire. Mais la voix va m’aider. La voix c’est mon héroïne. Regardez comme elle brille dans sa robe de peau humaine ! La voix trace des routes entre les étoiles.
Je vais mourir. Mourir à gorge déployée.
Sur Terre il y a des millions de gorges prêtes à s’égosiller pour rajouter des cordes à nos arcs-en-ciel. Avec mes jambes levées je tire en direction des étoiles. Oui les sirènes ont des jambes ! Des jambes contre une voix. Et ces jambes me demandent la Lune, depuis toujours, moi qui n’arrive même plus à les mettre en mouvement. Elles m’ont tellement fait marcher.
Au moins j’aurai vécu. Alors j’écris comme j’ai vécu. Sans rien. De tout façon vous m’entendez, c’est une certitude. Alors j’écris. Oui, j’écris. Quels que puissent être les moyens que j’ai d’arriver jusqu’à vous, j’écris. Je l’ai su quand ça a commencé. C’était un jour blanc. Sans ombres. Je ne voyais pas grand-chose. J’avais tiré les rideaux en pensant que personne ne viendrait. J’avais entrepris d’invoquer la Poétesse. La Poétesse du Mouvement. Poetess of Motion. Really ? Oui, une dernière fois. Le mouvement c’est la vie. Et je suis toujours cet enfant qui gesticule à l’intérieur de son corps, de son corps qui danse, qui se libère au travers de ses membres, ses membres d’insecte femelle.
Je ne connais rien au sexe des insectes. Les insectes volent, c’est tout. Males ou femelles ils parcourent le monde.
Vers à soie. Papillons de tissus. Animaux luisants. Enfants aux membres longs de plusieurs kilomètres. Des routes droites. J’avance à reculons. Il fait nuit en plein jour. Ma mère frappe sur la machine. Dos à moi elle continue son travail. Elle ne dit rien. Je ne dis rien. Je brille. Enroulé dans les chutes du monde qui enchante le monde.
Satins chatoyants, mousseline vaporeuse, lins rugueux comme des peaux cuites au soleil. Je suis digne maintenant d’être une de celles qu’on illumine.
— Vénus, Séléna, Feu Follet ! Entertainment, ladies !
La lumière m’éblouit. Comme elles : les showgirls qui s’agitent comme des mouches autour des lampes qui grillent. Elles tombent. On les remplace. C’est la loi du Sérail.

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La transsexualité artistique : vers l’utopie d’une transidentité universelle.

MY ROSE OK

Depuis que je me crée je me crée femme.
Plus que femme, au-delà du féminin, je me crée multiple, changeant, par dessus les sexes, les genres, les identités et leurs diverses possibilités. Normal quoi. Un créateur ne court-il pas après la vie, à bout de souffle, espérant un jour rattraper cette merveilleuse femme qui EST sans construire ?
Qui connait un peu l’art, les peintres, les écrivains, les poètes, sait que la transidentité – qu’elle questionne le changement de peau, le changement de sexe, voire les deux – est affaire courante. La projection artistique a toujours permis à des hommes de devenir femmes et à des femmes de devenir hommes. Et l’art c’est la vie. Alors quoi. Pourquoi s’en formaliser encore ?
Tant que l’être humain voudra voir le monde au travers de son sexe, de son genre, de sa caste, de sa famille, l’être humain courra à sa perte.
Quand je crée je ne me soucie pas de moi, je suis l’être universel, un corps à sensations, identique à tous les autres corps qui tremblent, ressentent. Quand je décide de me projeter dans ce monde imaginaire – qui a tout de réel, puisque face à lui les sensations de mon corps restent inchangées, voire se révèlent – je suis très souvent une femme. Par là j’entends aussi une femme. Parce que j’aime le féminin, la sensibilité féminine, le monde que les femmes ont créé.
Pourtant dans ma vie de tous les jours j’aime l’homme que je suis.
Peut-être parce que sur cette peau masculine j’ai déposé un voile invisible, un voile de femme, et que je me sens bien, là, à tout être, tout incarner.
Bientôt j’éditerai un texte, le plus beau texte féministe qu’il m’ait été donné de lire, un texte qui parle de ça, de ce fait que les hommes doivent désormais accepter d’être des femmes pour être des Hommes, enfin. (De toute façon c’est une preuve scientifique : nous, hommes, commençons notre vie embryonnaire en tant que femme, pendant huit semaines nous sommes entièrement femme. Alors comment pourrions-nous une fois sortis n’être plus que des moitiés d’êtres humains ??) En acceptant d’être tout, on peut enfin être soi-même. Plus de pression, plus de case : juste des êtres humains.
Qu’on soit, à la naissance, des hommes et des femmes on le sait. Doit-on continuer d’en parler autant ? Franchement j’aurais aimé m’en passer. Dire, prouver, expliquer : quelle perte de temps. Mais nos vieilles sociétés malades nous forcent à nous justifier, à nous amputer, jusqu’à nous laisser handicapés en bord de monde.
Humainement changeant, je n’aime pas avoir de preuves de ce que je suis. Parce que je n’en ai pas besoin. Je sais ce que je suis. Point. Et cela devrait m’empêcher d’être tout ce que je ne suis pas ? Et puis quoi encore !
Cette propension à ne pas vouloir me laisser enfermer a provoqué dans ma vie des merveilles et de terribles ratages. Papillon aux ailes irisées, qui changeait tout le temps de couleur selon l’axe du Soleil dans le ciel j’ai fui dès qu’on commençait à vouloir nommer cette couleur. J’avais l’impression que la prononciation de cette couleur par un autre que moi allait être le début des emmerdes et que j’allais me retrouver cloué dans la vitrine des papillons X ou Y. Alors à chaque fois je repartais, ailleurs, de zéro, jusqu’à n’être plus que la personnification volante de ce zéro, ce « rien », cet apatride incolore asexué…
Mais ça encore c’est le coup du verre à moitié vide ou à moitié plein ! Car moi secrètement je continuais à me considérer fils de tous les mondes, de toutes les couleurs, de tous les sexes. Et c’est à ce seul prix que j’arrive encore à voler.
Rose Turningham mon premier livre est une ode à ce monde de derrière les paupières, le monde du vrai, celui de nos espoirs et de nos projections mentales, astrales, qui permettent l’éveil de notre corps, notre corps sur cette terre.
Marcel Béalu disait qu’écrire ce n’est pas seulement dire, c’est aussi se contredire. Alors, une contre-vérité ne serait-elle pas déjà, et aussi, une audacieuse vérité ? Question de point de vue.
Je suis terriblement heureux de partager ce texte, parce qu’il est mon travail artistique le plus abouti, celui qui se rapproche le plus de ce que je suis. Ce roman est le fruit de longues années de travail dans les tréfonds de mon être, à devoir récolter des matières et couleurs si fines que parfois, revenu à la surface de ma vie, tout avait disparu. Alors je repartais à l’intérieur, et un jour j’ai compris comment partager ces merveilles : écrire !
J’espère que vous tiendrez Rose Turningham entre vos mains (papier, machine, peu importe) ou que vous l’aurez dans les oreilles puisqu’elle est aussi une voix.
La création des supports de ce livre a été pour moi un horrible supplice. Concrètement, devoir donner une forme réelle à un rêve, est-ce possible ? Non, évidemment. Alors forcément je n’aime pas la forme physique de mon livre. Il est juste un livre, quand moi je suis juste un homme. Mais à l’intérieur il est moi, il est nous, il est l’humain et le sensible, l’inaccessible ; quand moi je suis sous ma carapace un homme une femme un livre un monde…. Nous sommes indissociables.
Laissez une chance à ce petit livre sans prétention, trop blanc, trop rugueux, peut-être pas imprimé de la meilleure façon, pas assez cher, toujours trop cher, avec son code-barres qui me donne envie de vomir. Oubliez sa forme incapable, concentrez-vous sur les mots, puis sur les images, laissez-lui une chance de naitre à travers vous. C’est vous qui pourrez lui donner vie, personne d’autre.
C’est extrêmement perturbant d’accepter de laisser un objet vous représenter dans le monde. Pour bien faire il faudrait que chaque personne qui veuille découvrir Rose Turningham partage ma vie, toute ma vie, et que je puisse partager la vie de toutes ces personnes, puis du monde entier : le rêve de toute une humanité !
Devant cette incapacité je ne peux qu’accepter la reproduction et la dispersion de mes mots, de mes images, de mes doubles, de mes enfants malhabiles, incapables.
Tant que je serai en vie je ne pourrai pas aimer les reproductions de mon corps, de mon cœur, des pulsations de tout mon être. Seulement quand je serai mort, peut-être. Mais, mort, je ne serai plus là pour juger ces objets. Heureusement ! Seulement là alors peut-être seront-ils enfin acceptables, débarrassés de celui qui vivait tellement, jouissait tellement, souffrait tellement… Mes livres rejoindront le monde des machines, des cyborgs ; et on se rappellera qu’avant, bien avant, les êtres humains ressentaient tellement le monde, sans avoir à en tirer des formules et des algorithmes.
Que j’aime être incapable ! Que j’aime être faillible ! Que j’aime me tromper !
Je me suis encore fait avoir et j’illustre ce blog d’images qui, aussi vivantes soient-elles, sont si petites, si faibles…
Mais Rose Turningham n’est rien d’autre : un ratage ! Un hasard tout au mieux. C’est ce qui en fait peut-être la beauté.

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Rose Turningham

Sortie de Rose Turningham.

Quelle joie, quelle peur, quelle excitation !
Après l’avoir tant rêvée, la voilà, Rose… Tout ce que je ne montrerai jamais je vais le dire, je vais lui dire…  Qui est Rose?  Ça c’est un secret…
Le livre est en précommande sur le site des Éditions du Sélénite ici : www.leselenite.fr
Vous y trouverez aussi une version numérique et un livre audio que j’ai eu beaucoup de plaisir à enregistrer !
Le livre numérique est en précommande sur Amazon et sur iTunes (iBooks)
Le livre audio sera d’ici une semaine à dix jours sur Audible, mais peut être précommandé directement sur Le Sélénite.
J’ai tellement hâte de partager Rose avec vous!
Voici un premier extrait du livre.
À bientôt!
Pierre

PP PROMO ROSE

Un extrait de Rose Turningham.

(…) Le Studio est un monde dans le monde. Avec ses règles et ses codes. Les hommes derrière, les femmes devant. Les hommes dans l’ombre, les femmes dans la lumière. Les hommes qui dirigent, les femmes qui exécutent. Qui sont les stars finalement ?
Comme je ne vois jamais aucun spectacle fini je me suis mis en tête que ce qui se trame la nuit dans le Studio c’est la vie. La Grande et Fabuleuse Vie. Je me dis qu’un jour moi aussi j’aurai le droit de vivre sur les planches, au milieu des étoiles, dans des décors construits spécialement pour moi, protégé des limaces par des carapaces de lumière. Mais je ne suis pas une grande personne. Je ne suis pas important. Ils sont tous occupés par leur spectacle. Il n’y a que ça qui compte.
Parfois une fille vient me caresser les cheveux.
— Le petit est là, il peut rester ?
Monsieur me renvoie aussitôt à l’Entresol en me menaçant de m’enfermer dans son bureau si ça continue.
Mais la plupart du temps je suis invisible, transparent. Une ombre. Comme ma mère. Je n’ai aucun mal à me fondre dans l’obscurité avec mes habits noirs, marron et vert foncé. Je suis fils de couturière : j’ai la chance de pouvoir choisir mes couleurs.
Marguerite s’étonne toujours que je ne veuille pas profiter de tous les beaux tissus colorés dont elle se sert pour les costumes.
— Tu ne veux pas un pyjama de soie ? Regarde ce beau tissu japonais !
Je choisis toujours les matières les plus ternes pour mes habits de la vie de tous les jours, les habits qui me permettent de me fondre dans le décor, d’observer sans être vu.
Quand je veux bien me laisser voir j’ai les chutes de tissus. Je m’enveloppe, je m’enroule. Je prends de la hauteur. Ouvrez grand les portes du Studio ! J’arrive ! Poussez-vous, la Grande est là !
La Grande peut tout porter, tout jouer, tout être et tout demander. On lui obéit au doigt et à l’œil. Elle virevolte comme d’autres chutent.
Juchée sur des pointes imaginaires la Grande arpente des scènes spectaculaires. Une scène est forcément spectaculaire de toute façon. Une scène sans spectacle n’est pas une scène : c’est un décor. Et un décor sans danseuses ni comédiens n’est qu’un amas de planches muettes. Une tombe.
Parfois le matin quand tout le monde dort j’attrape quelques mètres de tissu et je me faufile jusqu’au Studio.
Sur la scène sombre et vide je rêve de musique, de soleils à moi tout seul. J’imagine qu’un à un les projecteurs s’allument. J’entends même le grand clac qui annonce l’arrivée imminente des girls.
La Grande s’égare. Grisée par la blancheur de la nuit. Elle est libre, mais un peu triste. Elle n’est vue d’aucun œil. Léchée d’aucune lumière. La poursuite est imaginaire. La Grande va de cour à jardin en croyant être une fleur, puis elle s’élance du fond de la scène en imaginant se jeter dans un parterre de spectateurs.
Les spectateurs poussent là où les divas se posent. (…)

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