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Ma petite maison au Mac Val.

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Léo Gausson – La Maison (1886-1888)

Ma petite maison ne serait pas forcément petite ; elle ne serait d’ailleurs peut-être pas une maison ; ce serait un lieu où je pourrais vivre avec celui que j’aime. Peut-être au dernier étage, parce qu’aux derniers étages en ville on entend une clameur lointaine qui ressemble à celle qui nous étourdit sur les grandes plages de l’Océan : roulis des vagues mêlé à quelques voix humaines, indistinctes, rassurantes.
Ma petite maison posséderait une chambre calme de jour comme de nuit, où je pourrais mettre un bureau pour écrire et composer. Une pièce tranquille, c’est tout ce dont je rêve.
Ma maison actuelle n’est pas la mienne, ce n’est même pas une maison, je n’ai pas mon nom sur la boite aux lettres, je ne sais plus depuis combien de temps je vis ici. J’y ai composé un être humain entier, emprisonné dans un disque (et faire rentrer un corps anguleux dans un cercle ce n’est pas chose facile), des tonnes de titres, des morceaux en images, des livres, des entreprises ; produit, produit, produit….
Il fut un temps où j’étais bien ici, mais je ne sais plus si je suis capable de me caler sans arrêt sur la vie des autres pour pouvoir vivre, dormir, rêver.
Partir pour aller où ? Je n’ai jamais gagné d’argent…
Et de toute façon on ne nous parle que de murs, surfaces, quand il y a tout un monde sensible (bruit, couleurs) qui nous importe tout autant et qu’on ne pourra jamais choisir…
Je voudrais être nomade. Entreposer tous mes trésors dans une boite grande comme un garde-meuble, et partir. Vivre ici et là-bas, chez lui, chez elle, chez nous un temps, chez ce possible moi au milieu de terres abandonnées… Mais je n’aurais même pas assez pour payer cette boite, ce « garde-meuble »…
Je ne peux pas me défaire des trésors dont j’ai la garde.
Alors je reste là où je suis.
Je ne suis pas malheureux, j’ai souvent tous les jours un corps merveilleux à aimer, un livre passionnant à lire, un projet extraordinaire sur lequel travailler ; de quoi me plaindrais-je ?
Je ne me plains pas, je rêve.
Je rêve d’un intérieur à investir, où mes sens pourraient se reposer, où je ne serais pas obligé en permanence d’analyser malgré moi tous les bruits qui viennent du dehors (au-dessus, au-dessous, à côté numéro 1, à côté numéro 2, dehors n°1, dehors n°2…)
Oui car, en plus de ne jamais m’avoir permis de vivre, ma pratique excessive du mixage sonore m’a rendu hyperacousique…
Heureusement que maintenant j’ai des livres. Eux au moins ne provoquent pas d’hyperacuité visuelle. Imaginez que je sois obligé de voir encore mieux la laideur – ou pire… la beauté (on ne sait pas ce qu’il pourrait me passer par la tête) –  de mes voisins…
La journée je suis parfois chez moi, quand tout le monde est parti ou presque. Ce sont mes nuits à moi, ces moments où je peux travailler calmement à ce que ma terre a de plus beau.
Le signal ? les parfums dans l’escalier. De ceux qui s’aspergent avec des fragrances bon (super)marché, ou de ces autres qui se parfument trop avec des essences hors de prix (dans un cas comme dans l’autre le résultat est le même : l’horreur). Les riches et les pauvres marquent leur territoire olfactif, tout ça se mélange allégrement dans le Grand Séphora, et moi qui n’ai d’autre parfum que celui de ma peau je passe comme une ombre, un fantôme au milieu des fleurs qui ne faneront jamais.
Un temps, pour supporter mes voisins, j’en ai fait des personnages de fiction, je leur ai donné un nom, je me suis raconté leur histoire. Je voulais écrire sur mon immeuble (depuis le milieu du siècle dernier jusqu’à aujourd’hui) j’ai des pages et des pages de notes. Je pensais que ça me permettrait de rendre cet immeuble joyeux, et de connaitre tout le monde. Je suis trop angoissé à l’idée de vivre avec des gens que j’entends et que je ne connais pas : c’est un peu comme vivre en tant de guerre, sociale.
Ici sur les réseaux sociaux et autres endroits dédiés à des idées de fausses libertés, fausses communautés et fausses individualités, je ne sais pas pourquoi je partage ce texte. Facebook c’est un peu mon immeuble virtuel, ma page côtoie des pages inconnues, et nous faisons tous ce bruit qui nous incommode. Vous croisez parfois ma photo dans l’escalier, vous m’aviez oublié, vous n’en pensez rien ou rien qui vaille ; moi je ne vous vois même pas…
Mais je vous sens…
Quand vous hurlez je vous entends. Quand vous aimez je vous entends ici.
Comment je vais faire pour écrire mon grand œuvre si je suis obligé de vivre avec tant de personnes en même temps ? On ne peut pas invoquer nos personnages inattendus quand on doit sans cesse faire taire des personnes trop entendues.
J’aurais pu choisir de vivre éloigné de tous, mais je n’ai jamais eu l’âme d’un ermite ou d’un stylite. Me couper des corps, des tableaux, des livres, des œuvres cachées, des jeunes qui construisent, des vieux qui ont construit ? Autant mourir. Ou alors il faudrait recréer une communauté au milieu de rien, un peuple de livres, de corps nus, d’amour partagé et bienveillant ; un monde sans trop de machines bruyantes, sans trop de parfums chimiques… mais bon je n’ai jamais trouvé (à part dans les livres, de Fourier à Armand, en passant par … et … et…..)
Si j’avais de l’argent j’achèterais des immeubles au milieu de Paris pour reloger les poètes, les peintres ; ceux qui parlent avec leurs doigts et leurs yeux… On pourrait tous lire et écrire en paix. Mais franchement, qui ça fait rêver ? lire et écrire ? en paix ? Les seules machines autorisées seraient les machines humaines : celles qui bruissent, se plient, hurlent quand elles sont pleines d’amour. On se rejoindrait tous pour se dire qu’on s’aime, pour rire, manger, se confier, s’embrasser… et quand nous aurions besoin de calme, de solitude – à toute heure du jour ou de la nuit – nous regagnerions nos chambres, vastes comme des mondes, silencieuses comme des nuits au désert.
Avant de prétendre avoir une maison, il faudrait donc que j’aie une place.
Et tous ceux qui ont des places, et des maisons, et qui n’ont même pas de corps ??
Moi je sais vivre avec mon corps, je le connais si bien qu’il est aimé de ceux qui m’entourent, oui. Et ça, ça ne compte pas ?  Mon corps est merveilleux. Si je le louais, pour entreposer des cœurs fatigués, je serais millionnaire. Je pourrais acheter une rue dans Paris.
Un jour je n’aurai plus la force de n’être rien, un rien au cœur de tout, je partirai et laisserai tout en plan. Un autre tentera de vivre là, il y réussira certainement. Il vendra mes livres et mes tableaux. Il aura raison, tiens : profiter de l’argent là où il se trouve.
Plus tard un autre – peut-être toi – dira qu’il avait cette maison qui était faite pour nous, mais ce sera trop tard. C’est toujours quand ils ne sont plus là qu’on prend soin des poètes et de ceux qui les aime. Il y a fort à parier qu’après mes diverses morts toutes mes œuvres soient entreposées dans des espaces bien plus beaux et confortables que tous ceux où mon corps vivant aura créché.
Sortons toutes les œuvres d’art dans les jardins et rendons les musées aux artistes, aux crève-la-faim qui seront les trésors de demain.
Écrivons un manifeste à faire signer par tous les artistes vivants : que toutes les œuvres futures – matérielles ou immatérielles – ne puissent générer aucun argent qui n’aillent pas aux artistes vivants, que les musées soient des maisons d’artistes (les artistes pourraient avoir la garde des œuvres, et eux seuls)
Il n’est pas juste que le monde s’engraisse sur le dos des poètes décharnés.
Tout ceci n’est pas une utopie, c’est œuvre de bon sens.
Que tous les artistes n’acceptent d’exposer, de montrer, de faire entendre, de parler, de donner, que dans des endroits qui sont des maisons de poètes : là où les poètes dorment, mangent et ont chaud.
Tant qu’ils iront se vendre et se montrer dans les boites à pub et sponsors, boutiques, gros magasins, musées commerces et autres, leurs semblables crèveront dans la rue.
Maintenant que j’ai dit tout ça, je vais aller demander un 30 mètres carré au Mac Val ; vous pourrez m’y voir vivre, créer, faire l’amour, je vous parlerai volontiers mais vous serez silencieux ! Je lis ! J’ouvrirai à 7h, je fermerai vers 22h ; ça laisse de la marge pour les lève-tôt et les couche-tard. J’exposerai mes amis artistes gratuitement (ce que je fais déjà dans mon appartement délabré à 500 mètres du Mac Val où j’accroche, sans les décrocher, des artistes qui sont achetés des milliers d’euros par ce même musée).
Mais ces œuvres-là je n’ai pas eu à les payer, puisque je ne veux pas les posséder. Alors je les partage, dans un lieu que leurs créateurs aimeraient, un lieu de vie, d’amour, de liberté.
Mais malgré tout ça, oui, j’aimerais vivre dans un musée, au milieu d’une étendue de silence. Dans un musée bibliothèque, avec tous mes amis morts de vie.

Un temps j’avais pensé faire une demande d’atelier, ces ateliers dans Paris pour les plasticiens qui ont besoin de place et de lumière. J’avais créé pendant plusieurs années des portraits sonores, certes immatériels et étranges comme toute musique qui n’en est pas vraiment, mais des portraits tout de même.
Pourquoi celui qui écrit (car ces portraits n’étaient rien d’autre que les chapitres d’un livre) n’aurait pas droit lui aussi à un peu de lumière ?
Écrire ce n’est rien d’autre que créer des images. Pas d’images sans lumière.
Parce que nous créons tient sur une clé USB nous devrions accepter de vivre dans des boites à chaussures ? Si encore ces chaussures correspondaient à nos pieds…
Un peu de place, pour voir où nous mèneraient ces images qui s’agitent…
Mais la lumière et la place se trouvent partout, monsieur ! Dans la rue ! Le Soleil, le ciel sont à tout le monde.
Oui mais un SDF n’a jamais écrit À la recherche du temps perdu. On ne cherche pas le temps quand on cherche à se nourrir, à se protéger du froid…

Dans l’immeuble d’à côté quelqu’un tape contre le mur que nous partageons, juste derrière le bureau où j’écris ; je ne suis pas dérangé par ce coup de marteau ou de massue, je m’y suis habitué (ça fait plus d’un an que l’immeuble racheté par un jeune propriétaire est en réfection).
L’année dernière j’enregistrais mon livre audio de 5 heures à 7 heures 30, avant que les ouvriers n’arrivent ; je n’arrivais même pas à en être malheureux, quelle chance de pouvoir enregistrer un livre audio, d’assumer suffisamment des mots que l’on a écrit pour accepter de les faire cogner dans notre bouche, dans nos oreilles !
Depuis, le jeune propriétaire a presque fini sa maison, et moi j’ai fini la mienne : la maison Rose Turningham. Je ne sais pas ce qu’elle vaut, et franchement je n’en ai rien à faire. Peut-être prendra-t-elle de la valeur avec le temps ? Et l’autre, celle d’à côté ? La maison refaite à neuf, en banlieue, proximité RER et vue sur jardin plutôt calme…
Que ce soit un livre ou une maison, il n’y a que trois choses qui nous intiment de créer et de construire :
1. Nous créons par angoisse.
2. Nous créons pour gagner de l’argent.
3. Nous créons par amitié.
Je me dis de temps en temps que les artistes heureux sont ceux qui arrivent à combiner les trois. Pour ma part j’ai tenté d’éradiquer le premier, et le deuxième ne m’a jamais concerné (mais je ne suis pas à l’abri de gagner un jour quelques centaines d’euros !!) Alors reste l’amitié. Créer pour quelqu’un, que l’on connait, que l’on imagine, quelqu’un qui est là ou qui va arriver. Ça n’est pas si différent de celui qui construit sa maison…
Nos maisons. Transitoires comme nos corps.
Nos maisons, qui parfois deviennent des musées.
Nos maisons dont la peau est toujours trop fragile, corps aux murs poreux.

Alors ce musée d’artistes vivants ? Si quelqu’un a une idée, je suis ! j’en suis !
Je donnerais bien le reste de ma vie pour un peu, juste un peu, de tranquillité.
Pour celles et ceux qui veulent venir dans mon musée, titiller la muse qui y vit (oui car elle vit celle-là !) c’est ouvert ! Quel autre choix ? Vivre les portes fermées ? les jambes serrées? les œuvres cachées ?
C’est ouvert, c’est gratuit, tout y est à partager. Apportez-moi des livres, des dessins, juste vous… on verra. Je vous offrirai des livres, des dessins, je ne sais pas vraiment…
Quand nous aurons tout mis en commun, nous aurons un musée tout entier ! Nous pourrons ouvrir et vivre dedans, au-dessus ! Nous serons obligés de faire payer l’entrée, ou alors on vendra des cartes postales ! C’est bien les cartes postales : ça s’accroche au mur, ou ça s’envoie avec des mots d’amour collés au cul ! Ou alors on vendra une œuvre tous les mois, une seule de nos œuvres fera vivre des centaines d’artistes pour un mois entier !
Si vous connaissez un lieu, j’arrive.
Nos œuvres ne seront plus détachées de nos corps vivants. C’est le deal.
On commence quand ?

J’aime rêver, croire que je rêve, que je partage. Mais malheureusement pour moi il y a fort à parier que ce billet se perde au milieu de la mort, comme mon corps dans l’escalier de l’immeuble, où personne ne sait qui je suis… Je ne suis que celui-ci parmi ceux-ci, celui-ci parmi ceux-là…
Un jour pourtant – j’en suis persuadé – un battement de cils fera exploser les yeux, un bruissement d’ailes ou de cheveux crèvera les tympans. Ceux-là s’arrêteront pour regarder ceux-ci. Ils se reconnaitront. Et enfin sourds, aveugles, ceux-ci et ceux-là laisseront courir leurs doigts. Ils toucheront les corps, les tableaux, les fleurs… et se diront qu’ils ont été bien cons de ne pas commencer avant.
En attendant ces temps que je ne connaitrai surement jamais, j’écris ce texte qui je l’espère aura un minuscule impact (impact c’est le nom que je donne aux bruits sourds qui heurtent mon univers sonore quand je suis chez moi et que j’entends que, très près ou très loin, une personne non identifiée a fait une chose non identifiée. Ce texte c’est un peu la même chose, mais cet impact-là je le veux rassurant. Je ne sais pas plus que vous qui l’a produit. Je ne sais pas plus que vous ce qui a été fait, et ce qu’il y a à faire. Mais je peux assumer de produire et recevoir cet « impact », ce qui est déjà une grande chose.)
Entendez-vous ce bruit sourd sur les réseaux sociaux ?
C’est ceux-ci parmi ceux-là, et vous, et moi, au milieu.
Un milieu? il n’y a pas de milieu. Aucune forme à proprement parler. Aucune couleur, aucune odeur.
Un monde coupé de sens dans un monde de sens saturés.
L’angoisse nous pousse à nous confier, comme auparavant sur les parois des grottes. À l’abri de tous, pour un moment, un court moment (celui où il y a encore de la lumière).
Quelqu’un quelque part ouvre ses volets. Je n’arrive pas à savoir si c’est au-dessus, en dessous. Ces volets qui s’ouvrent ferment ma pensée. Ces volets m’égarent et m’égrainent à tous vents. Je me disperse.
Combien de pages afficheront-elles ma pauvre pensée fragmentée ?
Combien d’êtres humains derrière ces pages suivront-ils l’inconnu de l’escalier ?

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L’aventure LESBOS.

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Je ne sais plus en quelle année j’ai rencontré Stanislas Briche, ça devait être en 2008. Nous avions passé une soirée dans l’appartement qu’il occupait alors avec son copain de l’époque, soirée où il était resté très silencieux. Je le regardais en me demandant ce qu’il pouvait bien penser…
À la fin du repas nous nous sommes montrés des trucs sur l’ordi : lui des photos des répétitions du spectacle sur lequel il travaillait (une adaptation du Scum Manifesto de Valérie Solanas) et moi un nouveau clip que j’avais sur une clé USB, que je n’avais pas encore mis en ligne, le clip de Molinier
Les bases étaient posées : des textes, du maquillage, des photographes, de la douceur, de l’extraversion, du genre sous toutes ses formes…
Durant toutes les années qui ont suivi, j’ai croisé Stan sur mon chemin (il est venu assister je crois à plusieurs concerts de Chose Chaton) puis je l’ai convoqué sur ce même chemin (il a tourné dans le clip Sous les sycomores, puis m’a finalement suivi à Berlin pour participer au dernier concert de ma courte vie de showgirl (je le savais sans le savoir à l’époque, il était beaucoup trop difficile pour moi d’évoluer dans les milieux où je devais chanter, et Berlin acheva de tuer la chanteuse que je rêvais d’être.)

stan-sous-les-sycomoresStanislas Briche et Pierre Pascual dans « Sous les sycomores » (Photos Marie Bienvenue, 2010)
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Pierre Pascual en concert à Berlin, avec Stanislas Briche et T.C-Berger. (Photo Rick Flynn, 2011)

Les images de ce concert – capturé en photo et vidéo par le gentil et talentueux Rick Flynn, qui depuis a réalisé son premier film – m’ont servi à construire l’ouverture du clip Lâche les chiens où figure Stan et où je règle, dans la scène d’ouverture, mes comptes avec moi-même et le milieu du spectacle, scène qui se poursuit dans le break parlé du clip Deneuve Danse pour finir, presque à tout jamais dans le clip Secrets : La Paradis des banlieues.
Mais revenons à Stanislas Briche, le sujet qui nous intéresse et qui m’intéresse davantage que ces mises en abimes et miroirs.
Ces dernières années, alors que j’avais abandonné l’image et la musique pour revenir au mot, consacrant trois années entières à l’écriture et au corps, j’ai eu la chance et le temps de pouvoir regarder les autres et j’ai vu la transformation de Stan : de la petite chenille timide, muette, au papillon merveilleux dont les ailes bruissent dans le vent. J’avoue avoir été épaté plusieurs fois par certaines de ses apparitions scéniques, et notamment la dernière (une mise en espace du travail sur Quartett de Heiner Müller avec Thomas Kellner, dirigé par Mathieu Huot.)
Il y a deux ans, alors que je m’apprêtais à sortir mon premier livre, j’avais revu Stan sur le parvis de Gare au théâtre et je voulais faire des photos argentique de lui, des nus ; nous en avions parlé, et je ne savais pas que tout ça se mettait lentement en place pour construire tout ce que serait l’aventure LESBOS.
LESBOS. J’ai aimé ce texte à la première lecture, et j’ai eu la chance qu’il me soit adressé…
LESBOS a été originellement posté sur Facebook, depuis l’ile grecque où Stan était bénévole pour l’ONG Dråpen i Havet.
Je n’ai pas vu ces posts puisque j’ai fermé ma page perso Facebook en 2011. Mais je me dis que ce qui doit être su et vu de nous finit toujours par rejoindre nos oreilles, nos yeux, et ce fut le cas pour ce texte.
Un matin, Thierry vient me voir à mon bureau : « Tu sais, Stan est à Lesbos, et il poste des textes sur Facebook, tu devrais les lire. »
Thierry savait que je commençais à travailler sur la création de ma maison d’édition – Le Sélénite. Je n’avais pas envie de retourner sur Facebook pour lire ça, donc Thierry eut la gentillesse de copier-coller chaque fragment, l’accompagnant chaque fois de la date du post, et de me les imprimer ; c’est comme ça que la première mouture de LESBOS est arrivée entre mes mains.
D’une seule traite je l’ai lu, sur mon lit. J’ai tout de suite su que je voulais l’éditer. J’ai toujours aimé le côté poète et Pierrot de Stan, que je pense partager avec lui, et ce texte est habité par la poésie, la rêverie.
Stanislas Briche est un dealer d’images : c’est ce qui est frappant dans LESBOS ; j’étais tellement redevable d’avoir accès à cette crise migratoire horrible par ses yeux de poète, qui certes m’accompagnaient sur la plage au milieu des bateaux, des cris, des journalistes mais qui deux minutes après me conviaient sur les collines avec les moutons, ou sous le balcon d’un vieux travesti qui faisait sécher sa robe…
Je suis fier d’avoir édité ce texte, puisque c’est maintenant chose faite ; il me semblait nécessaire de lui donner un écrin, de le sauver de la fragmentation de Facebook, du surplus d’infos, des pubs, de lui rendre le silence, de remettre l’écrivain face à son oeuvre.
Il n’y a nul doute pour moi que Stanislas Briche est un écrivain – Tous les poètes le sont – il a l’œil du poète, et donc la langue de l’écrivain.
Et puis j’étais hanté par cette histoire de Norbert Alexandropoulos, le crâne de chèvre qu’il ramasse sur un chemin, cette image ne me lâchait pas : Stan perdu face à la mer, avec son crâne entre les mains ; ça résumait pour moi tout ce qu’était Stan, tout ce qu’était le drame de Lesbos.
J’ai envoyé un SMS à Stan, alors qu’il était encore là-bas.
Stan, Thierry me transmet les textes que tu partages : c’est beau et très émouvant. J’aimerais en parler avec toi à ton retour. Je t’embrasse. Prends des notes, comme tu le fais, ton témoignage est important. 
Réponse de Stan à Thierry par email quelques jours plus tard :
Merci de me lire. Je suis ravi des réactions que tout ça suscite et franchement ça peut paraitre idiot mais ça fait un bien fou de se sentir suivi, soutenu et que ça trouve un écho. Remercie pour moi Pierre, j’ai bien eu son SMS et oui bien sûr on en cause avec plaisir quand je rentre. Gros bisous à vous 2. Sinon oui moi ça va, je suis étrangement peu émotif, je pense qu’il le faut pour pouvoir être efficace. Moi en tout cas c’est comme ça je pense que je fonctionne. Bisous lesbiens.
À son retour j’ai laissé passer un peu de temps – deux mois tout de même – puis je lui ai écris pour qu’on se voie (sans lui parler de ce que j’avais derrière la tête)
Nous nous sommes retrouvés dans le 11ème à Oberkampf – en l’attendant je regardais les couvertures de magazines sur les murs du Kiosque et j’ai découvert qu’Emmanuelle (le livre d’Emmanuelle Arsan – un auteur dont je raconterai l’histoire bientôt, puisque je vais l’éditer aussi) ressortait en BD (la version de Crépax ; très réussie, beaucoup plus que le film, et qui reste donc la seule version imagée plausible et intéressante d’Emmanuelle).
Stan est arrivé, flamboyant, cheveux orange fluo joliment peignés. Nous sommes allés dans un café, nous avons parlé de tout, et finalement de Lesbos. J’ai dit à Stan tout le bien que je pensais de son texte, puis ai demandé pour la forme : « Est-ce que quelqu’un t’a proposé de l’éditer ? » Ce à quoi il m’a répondu oui. J’étais un peu décontenancé. Oui un éditeur vient juste de m’écrire, il est intéressé.
J’avoue que j’étais un peu déstabilisé, mais je ne me suis pas démonté ; je lui ai exposé toutes mes idées pour l’édition du texte (et Stan ne savait même pas encore que je montais une maison d’éditions, donc il me fallait beaucoup d’aplomb…)
Cette histoire de deuxième éditeur était finalement pour moi une aubaine, ça m’a permis d’exposer mes idées sur l’édition – qui sont les mêmes que pour l’amour : je ne voulais pas l’exclusivité du texte, mais le droit d’en disposer tant que son auteur serait en amour avec moi : son possible éditeur.
De quel doit confisquerais-je ce texte à son auteur ? de quel droit en aurais-je l’exclusivité, alors que je ne la demande même pas à mon amoureux ? Cette idée va à l’encontre de tous mes principes, je ne possède pas le corps de l’autre, je ne possède donc pas non plus le texte de l’autre ; l’autre m’offre son corps, son texte, et comme dit Barthes dans Le plaisir du texte : Le texte a une forme humaine, c’est une figure, un anagramme du corps ? Oui, mais de notre corps érotique (…) et, perdu au milieu du texte, il y a toujours l’autre, l’auteur (…) je désire l’auteur, j’ai besoin de sa figure comme il a besoin de la mienne (…) L’important c’est d’égaliser le champ du plaisir, d’abolir la fausse opposition de la vie pratique et de la vie contemplative. 
Stan semblait emballé par mes idées, mais m’a dit qu’il devait attendre de voir l’autre éditeur, qui lui peut-être avait besoin de l’exclusivité…
Franchement, j’étais prêt à dire à Stan d’accepter coute que coute l’offre de l’autre éditeur qui lui proposerait certainement une distribution en librairie, alors que moi – artisan éditeur – je n’en étais qu’à une diffusion plus confidentielle sur Internet, qui serait certes belle et agrémentée, voire luxueuse, mais qui resterait un projet poétique pas très visible, ni rentable peut-être…
Alors ça m’allait bien de partager la garde avec un autre éditeur qui diffuserait, tandis que moi j’enverrais LESBOS sur la Lune, avec les Pierrots, les sélénites et autres créatures qui ne connaissent pas les livres qui se vendent ou s’achètent…  Au clair de la lune, mon ami Pierrot, prête-moi ta plume pour écrire un mot.
J’ai fait quelques photos de Stan et ses cheveux enflammés (Annie Lennox ou Cindy Lauper  je n’ai pas encore tranché) puis nous avons rejoint Thierry, dans un café plus loin, qui était en grande conversation avec Jean-Charles et Miss Botero que je n’avais pas vue depuis longtemps.

stan-oberkampfStanislas Briche le 24 mars 2016, Oberkampf.
miss-botero-jean-charles-the-kiss-dyptiqueJean-Charles J. et Miss Botero : baiser fougueux.

Nous avons lancé l’aventure LESBOS. Je suis allé chez Stan pour qu’il me montre ce qu’il avait ramené, et lui proposer les premières corrections – j’avais déjà bien travaillé et avais des idées assez claires sur la façon de présenter le texte.
Stan m’a présenté Norbert (vous pensez bien que j’en mourrais d’envie) et j’ai fait les premières photos (en numérique avec mon nouveau 5DMarkIII, acheté à un beau comédien qui avait un nom d’étoile – prémonitoire pour cette aventure sélénistique…)
Stan m’a offert un des deux petits savons Lesvos ramenés de là-bas.

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Norbert Alexandropoulos et petits savons locaux, le 26 avril 2016.
norbert-de-faceNorbert de face, le 3 juin 2016.

Pendant deux mois nous avons travaillé sur LESBOS, et autour de LESBOS. D’abord sur les corrections et mise en page du texte, puis sur plusieurs séries de photos incluant d’office notre starlette montante : Norbert ! Je voulais prendre Norbert sous toutes les coutures, en numérique, en argentique, de face, de côté, de dos, et j’ai même demandé à Benoist Chapel, l’illustrateur avec qui je travaille pour Le Sélénite, de réaliser son portrait !

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Norbert Alexandropoulos, illustration de Benoist Chapel (2016)

Je me retrouve aujourd’hui avec des centaines de clichés de Stan et Norbert, des dessins, des petits bouts vidéo, et je ne pense pas m’arrêter là…
Finalement nous avons enregistré la version audio du livre ; je suis venu chez Stan avec tout mon barda (MacBook, micro, pied, disque dur externe, carte son, tonne de fils…) et évidemment c’était en pleine grève des transports (on m’a fait de la place dans le métro et le RER : mon pied de micro plié et enveloppé ressemblait étrangement à un fusil à pompe !!)
J’étais heureux d’enregistrer, après Rose Turningham, mon deuxième livre audio (que vous pouvez obtenir en bonne qualité sur le site du Sélénite – 192 kps – comparé aux 64 kps proposés par Audible et iTunes : une honte !!! que les distributeurs ne s’étonnent pas que les ingés son et les artistes se mettent à travailler comme des cochons, si les distributeurs distribuent comme des cochons !! )
Pour chaque parution du Sélénite je dois choisir une couleur, et devinez celle pour laquelle j’ai opté ? Orange, bien sûr.
J’ai choisi le cliché qui serait proposé pour le tirage original de l’édition de tête, j’ai recadré le visage de Stan dissimulé derrière Norbert et ô surprise, Norbert avait sur le front des reflets orange !  incroyable !! Tout était écrit… sur ce crâne… renvoyant LESBOS à Lesbos, Stan à Sappho, que sais-je encore…
Concernant l’antique poétesse, j’ai trouvé cette citation qui ouvre le livre, que j’aime beaucoup ; je vous laisse la découvrir sous le frontispice que j’ai créé avec la merveilleuse illustration de Benoist Chapel représentant l’antique Stan.
Voilà, il est temps pour nous maintenant de partager ce livre, dont nous avons rêvé et auquel nous rêvons encore.
La dernière fois que j’ai vu Stan, pour lui présenter le BAT et les premiers clichés imprimés, il s’était rasé la tête : bye bye orange – qui entre-temps était devenu bleu, si je me souviens bien – LESBOS est déjà loin…. mais je crois que Norbert gardera longtemps ses reflets, alors…
Les livres sont éternels, presqu’autant que nos crânes évidés qui peut-être se rappellent avoir vu, avoir lu, avoir écrit…

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LESBOS (édition papier,  pack numérique et livre audio haute-qualité) en précommande sur www.leselenite.fr

(livre numérique et audio sur iTunes, Amazon & Audible)

Pack Presse/Promo accessible sur demande ici.

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Quelques commentaires sur Rose Turningham… (merci!)

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Paul P.  écrivain  : « Un livre porté par une belle sensibilité, une écriture. Rose Turningham est une œuvre rare. Ensemble de qualité, objet de plaisir. Un personnage qui « échappe », retrouvé toujours aussi brillant, multiple – étonnant. Il, elle, est tout. »

Nicolas D.  réalisateur  : « Raconter sa vie, c’est raconter une histoire et quelle histoire? Celle que l’on a vécue, celle que l’on croit avoir vécu ? Là est tout le propos de Rose Turningham, une œuvre au style très personnel qui tient de l’ordre du rêve éveillé, naviguant entre poésie et littérature. Ce texte fourmillant d’images se prêterait particulièrement bien à une adaptation visuelle, entre cinéma et vidéo d’art. Une œuvre très riche, un livre à explorer. »

J-P. D.  éditeur, libraire : « Un très beau texte. Texte d’écrivain, personnel et étrange, où poésie, féérie et nature font bon ménage à trois. »

I.B.   metteur en scène : « Une narration des sensations. Doux, chaud, froid, coloré et sépia à la fois. Sensuel et enfantin. Évident et flou. Un texte à ressentir, apercevoir, à rencontrer ou à rêver. »

Armel D.  écrivain, éditeur  : « Rose Turningham ne ressemble à rien de connu, et cela constitue, il faut bien l’avouer, l’un de ses aspects les plus passionnants (…) Elle est un peu l’équivalent 2.0 de la Cantatrice chauve – version chevelue – de l’anti-pièce que l’on sait : une sorte d’Arlésienne, dont on parle beaucoup mais que l’on voit peu. Ou alors une voix de femme, comme chez Duras (…) Une écriture déroutante, derrière laquelle pourrait très bien se cacher, bien plus qu’une quelconque petite musique, un véritable style ne ressemblant – c’est le propre du style en soi – à aucun autre. Un imaginaire totalement dépourvu de limites, faisant se côtoyer des astronomes obsessionnels, des couturières-costumières fortes en gueule et d’archaïques comtesses offrant leur derme centenaire ou presque en guise de reliure à des bibliophiles avertis. Une sorte de vertige permanent, de ceux qui transforment à son corps défendant, le lecteur en fildefériste. Bien plus qu’un livre. Bien mieux qu’un premier roman. La lecture de Rose Turningham relève avant tout de l’expérience métaphysique pure. Ce n’est pas la moindre de ses qualités. » (Lire la critique complète d’Armel ici)

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Nouvelle vie, premier film.

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Qui a dit qu’à 40 ans on ne pouvait plus rêver, se surprendre, commencer une vie nouvelle?
Après la musique, l’écriture, un autre de mes rêves d’adolescent est peut-être en passe de se réaliser : faire un film !
Ce rêve ne sort pas de nulle part ; à dix-sept ans je voulais être réalisateur, pas chanteur, pas écrivain : réalisateur.
En 1993 j’ai passé avec succès le concours d’entrée d’une école de ciné, école préparatoire à la FEMIS, mais n’ayant pas réussi à réunir l’argent nécessaire pour les frais de scolarité j’ai dû renoncer… À la place j’ai suivi les cours d’une Fac Arts du Spectacle à Bordeaux (histoire du cinéma, écriture scénaristique, cours d’Art Dramatique…) certes intéressant mais on n’y touchait pas une seule caméra !! J’étais tellement déçu… Je suis ensuite parti au Conservatoire d’Art Dramatique où j’ai découvert le texte, le corps, le texte et le corps : certainement l’enseignement qui m’aura le plus servi à ce jour ! J’ai écrit mes premières pièces, mes premiers scénars…
À l’époque j’ai également suivi des cours particuliers avec un scénariste à Toulouse, et quelques jours de formation en post-synchronisation à France Télévisions, comme si tout devait petit à petit se mettre en place… Cette « préparation » aura presque duré vingt ans… une longue classe préparatoire à l’École de la Vie !!!
Depuis j’ai acquis un peu d’expérience en réalisant mes premiers clips, il est temps pour moi de mettre à profit tous ces rêves, cet enseignement, de rendre cohérent tout mon parcours autour des mots, de la musique et de l’image : Un film !!
Moi qui ai été comédien, écrivain, chanteur, musicien, performer, expérimentateur en tout genre, producteur même ! artisan surtout !! je veux faire ce film de mes mains, de mon corps, un film de poète qui je l’espère me permettra de parler à tous ceux qui me suivent  ici ou ailleurs, de rayonner, d’enthousiasmer, d’aimer !
Ce qui m’excite le plus dans cette grande aventure qui commence, c’est la perspective de retravailler en équipe, de partager, de rêver et construire en commun ! Après avoir passé ces dernières années à écrire seul…  Nous sommes déjà une petite équipe de rêveurs et de faiseurs à être réunis autour de ce projet dont je vais pour l’instant taire le nom, mais que nous pouvons appeler Rose Turningham, puisque ce film est l’adaptation d’une partie du premier roman que je viens de sortir.
Mais je ne vais pas encore tout dire ! même si je brûle d’envie de le faire ! il va y avoir de nombreuses surprises, pour ceux qui me suivent et pour toute l’équipe qui va travailler sur ce film !! ça c’est certain !
Il va me falloir beaucoup de ténacité et d’énergie, je suis prêt ! Je veux pouvoir réaliser ce rêve, un rêve éveillé ! Encore ! Jusqu’à ma mort je rêverai et je fabriquerai !
Merci à celles et ceux qui me lisent et m’encouragent, ça représente beaucoup pour moi.
Ce billet ne sera pas le mieux écrit de mon blog, je suis trop excité pour écrire, je ne peux que crier que j’espère réussir à faire ce film, que je veux faire ce film, enfin !!!!!!

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Le grand gloubi-boulga.

(Reprise du texte posté ce vendredi 15 juillet au matin sur Facebook)
Je suis écœuré par le drame horrible qui s’est produit à Nice, et dégouté par ces medias qui continuent d’entrecouper leurs « tribunes » d’encarts publicitaires navrants.
Anatole France déclarait en 1922 dans L’Humanité, citant Les Hauts Fourneaux de Michel Corday, qu’on « croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels »…
On croit mourir pour des idées, une « religion » on meurt au profit d’une Industrie. L’État Islamique est une industrie, comme l’est chaque religion quelle qu’elle soit et ce depuis la nuit des temps.
J’espère que l’Homme sera un jour suffisamment fort pour cesser d’alimenter ces hauts fourneaux médiatiques qui demandent toujours plus, engrangent toujours plus, et que nous créerons une nouvelle ère beaucoup moins spectaculaire, moins sensationnaliste, où nous relaierons à taille humaine tout ce qui fait la beauté de l’Humanité et aurons le droit de pleurer en silence sur nos drames sans avoir à hurler avec les loups jusqu’à devenir le loup lui-même.
« Ces hommes-là, ils ressemblent à leurs hauts fourneaux, à ces tours féodales dressées face à face le long des frontières, et dont il faut sans cesse, le jour, la nuit, emplir les entrailles dévorantes de minerai, de charbon, afin que ruisselle au bas la coulée du métal. Eux aussi, leur insatiable appétit exige qu’on jette au feu, sans relâche, dans la paix, dans la guerre, et toutes les richesses du sol, et tous les fruits du travail, et les hommes, oui, les hommes mêmes, par troupeaux, par armées, tous précipités pêle-mêle dans la fournaise béante, afin que s’amasse à leurs pieds les lingots, encore plus de lingots, toujours plus de lingots…Oui, voilà bien leur emblème, leurs armes parlantes, à leur image. Ce sont eux les vrais hauts fourneaux. Ainsi, ceux qui moururent dans cette guerre ne surent pas pourquoi ils mourraient. Il en est de même dans toutes les guerres. Mais non pas au même degré. Ceux qui tombèrent à Jemmapes ne se trompaient pas à ce point sur la cause à laquelle ils se dévouaient. Cette fois, l’ignorance des victimes est tragique. On croit mourir pour la patrie; on meurt pour des industriels. Ces maîtres de l’heure possédaient les trois choses nécessaires aux grandes entreprises modernes: des usines, des banques, des journaux. »  Anatole France, 18 juillet 1922 (nous sommes le 15 juillet !! 2016)
Il est nécessaire d’en arriver un jour au boycott des media, des religions (toutes les religions) des réseaux sociaux s’il le faut, toutes industries qui n’opéreront pas une séparation claire entre l’information et l’argent, l’idéologie et l’argent, la « culture » et le profit, le divertissement et l’abrutissement, comme jadis on se souleva pour ordonner la séparation de l’Église et de l’État, séparation dont la limite redevient malheureusement floue.
Mais peut-être que je suis à l’image de cette société, un de ces grands gloubi-boulga, moi qui poste une pub pour mon livre, puis une idée, une révolte, un billet sur mon blog pris dans les filets de la Sacro-Sainte Pub… mais au moins je ne tue personne, car si j’ai bien une certitude c’est que le véritable gloubi-boulga se trouve dans la tête de ces pauvres kamikazes écervelés…
Dirigez-vous quand même vers le post ci-dessous et sa nudité retrouvée, ce genre d’idées sur la conscience du corps (le sien et celui de l’autre) vaudra toujours mieux que le reste, et aidera peut-être au fil du temps certains à prendre conscience de leur humanité via la reconnaissance de leur corps et du corps de leurs semblables, j’ose l’espérer…
Tachons de continuer à être (un peu) libres.

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Le culte du corps et la nudité retrouvée.

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Le culte du corps est le seul culte possible, probable. Le culte de l’être humain.
Il faudrait remplacer ce mot à connotation vraiment trop religieuse par conscience. Conscience du corps, de son corps, et des corps environnants.
Je suis en vacances dans le Sud depuis quelques jours et j’ai tenté à nouveau, hier et aujourd’hui, après de nombreuses tentatives infructueuses, de faire du footing. (Pas nu, non ; les choses qui se baladent, cheveux ou autres attributs, ne sont pas vraiment les amis du joggeur – et j’en profite pour rappeler que le nudisme n’est pas l’art d’être nu tout le temps mais l’art d’être nu quand cela semble évident de l’être…)
Revenons à nos courses… Je n’ai jamais aimé courir, courir après quelque chose, après quelqu’un, mais là je me suis dit que j’allais réessayer.
Au-dessus de mon lit quand j’étais enfant j’avais épinglé – ou on avait épinglé pour moi – une photo de mon père en train de courir, torse nu, souriant, au milieu des palmiers. J’avais cette image d’un père qui court, dans des pays étrangers que je ne connaissais pas.
Quelques années plus tard c’est Madonna que je voyais courir dans tous les pays du monde où elle donnait des concerts, poursuivie par une horde de paparazzi.
La course pour moi c’était toujours ailleurs, et les coureurs étaient toujours des personnes inaccessibles.
Ce matin je pensais à tout ça en m’élançant sur les routes du village. J’étais fier de pouvoir maitriser ma respiration, et je me disais que je ne courais plus contre, mais avec quelque chose, avec mon père et Madonna peut-être, avec le rêve un peu fou que de nouveaux challenges m’attendaient, des surprises, des défis.
En arrivant ici je me suis déshabillé et je suis resté nu dans le jardin parmi les herbes hautes. Un petit bout d’herbe délimité par des barrières de bois dans cette immense vallée de la Vézère.
Cet hiver j’y avais dansé nu sous la pluie. Comme cette nuit d’adolescence où, seul dans la maison, j’étais sorti pour courir et gesticuler au beau milieu d’un orage. La pluie chaude caressait mon corps, je tournais, je dansais, j’étais bien et je riais.
Je ne comprendrai jamais que l’Homme n’autorise pas l’Homme à aller nu comme il le souhaite, à se baigner nu quand il le veut ; ça me rend tellement triste que je ne me remettrai probablement pas de cette « dépression » : dépression de l’enfant nu qui devient un adulte habillé.
J’aimerais trouver des amis nus, avec qui vivre nu, parler nu, échanger nu, car tout devient simple dans ces moments-là. Pourquoi ? Je ne saurais pas l’expliquer, et certainement que je ne veux pas tenter de le faire…
Hier mon mari et moi avons reçu un garçon que nous avions connu l’année dernière et avec qui nous avions partagé un moment sexuel inoubliable, puissant, rempli de sourires et de bienveillance… Nous avons eu la chance de le retrouver cette année. Il faisait froid et quand j’ai ouvert la porte je l’ai trouvé emmitouflé dans un énorme poncho tombant jusqu’aux genoux. J’avais l’impression qu’il avait voyagé de longues journées à dos de lama pour regagner la montagne en haut de laquelle nous étions perchés.
Mais trêve d’images aux corps trop habillés ! quittons les Andes pour des contrées plus exotiques et dénudées : hier, comme l’année dernière, il m’a fait le bananier (une telle surprise que j’en ai ensuite parlé partout autour de moi – et mon mari me disait qu’on appelait ça le bananier : quand l’autre, pendant qu’il vous prend, vous soulève pour vous faire aller et venir sur lui, à un mètre au-dessus du sol !)  Un jeu ! ni plus ni moins, un challenge aussi, car il faut être capable de réaliser cet exploit ; et un étonnement évidemment pour qui grimpe sans en être averti en haut de l’arbre aux lourds et puissants fruits !!!
J’ai joui le premier, et j’en ai profité pour regarder T. & T. continuer à faire l’amour devant moi. J’étais couché par terre, lové dans l’énorme couette qui m’accueillait comme un nid. Je voyais T&T sourire, c’était beau, émouvant, et excitant quand ils ont joui l’un après l’autre, à quelques secondes d’intervalle.
Si vous pensez que voir une personne que vous aimez faire l’amour devant vous est inconcevable, alors je vous encourage à oser vous poser les bonnes questions : Est-il si horrible d’accorder du bonheur, quel qu’il soit, à celle ou celui (ou celles et ceux) que l’on aime ? L’amour enlève-t-il à l’amour ou peut-il se rajouter à un amour préexistant ? Possède-t-on l’autre ? Ne sommes-nous pas des corps aliénés par des siècles et des siècles d’une morale religieuse castratrice qui nous frustre en nous obligeant à accepter ses vues transcendantales surhumaines, inhumaines ? Ne sommes-nous pas des corps abrutis par des années de consommation de publicités, de fictions, qui nous enseignent encore, à plus de 90%, cette seule morale ?
Certains pourront penser que j’ai une drôle de manière d’aimer, une drôle de manière de faire l’amour ; mais je leur répondrai que je n’en pense pas moins d’eux.
Nous sommes restés un long moment nus avec T. à discuter sur le lit. J’étais si heureux d’être nu avec un ami. Sentir nos corps libres et bienveillants. Il nous a racontés qu’il était magicien et clown dans les hôpitaux, pour les enfants malades ; qu’il avait pratiqué le nudisme avec ses parents jusqu’à l’âge de 13 ans, et je ne pouvais m’empêcher de penser que les enfants nudistes donnent vraiment de magnifiques personnes ! libres, épanouies… des magiciens !
J’aimerais vivre nu, j’aimerais être nu sur Facebook, sur Internet, juste nu. Même là les religions et leurs morales déguisées auront réussi à museler l’être humain et son corps à cacher, nier. Alors je me raccroche à quelques bulles d’air, un jardin par ici, un lit par là, un moment volé où j’enlève mon maillot pour jouir pleinement de la rivière.
Ici, dans la petite maison en bord de Vézère, j’ai recommencé à chanter, puisque j’ai apporté avec moi énormément de matériel (satanées machines que j’aime et j’exècre) j’écris deux nouveaux projets, je m’occupe de toutes ces choses que j’espère mener à bien…
Que me réserve la deuxième moitié de ma vie ?
Quelles personnes magnifiques, inconnues aujourd’hui, vais-je bientôt croiser ?
Quelles personnes connues de moi vont se révéler sous un jour nouveau ?
Qui va me quitter ? Qui va me trouver ?
Je suis prêt.

 

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Rose Turningham

Première critique de Rose Turningham.

Armel bandeau critique Rose

Placé par définition sous le signe du premier roman (ce qui est bien) et par nécessité sous celui de l’autoédition (ce qui est encore mieux, quand elle est gérée avec rigueur et élégance, c’est le cas), Rose Turningham ne ressemble à rien de connu, et cela constitue, il faut bien l’avouer, l’un de ses aspects les plus passionnants.
Semblable à Thésée déroulant un fil d’Ariane qui se confondrait avec son propre fil, et du fil au film, il n’y a souvent qu’un pas, le narrateur ou la narratrice – selon l’identité (l’humeur?) du moment, dont la palette court de Garance à Céladon (on a vu pires parrainages) – livre le récit hautement initiatique, censément crypté (ce jusqu’à la première page) mais jamais rebutant, d’une existence menée à fond la caisse, et dont la ligne de conduite aurait quelque chose à voir avec l’absolu don de soi.
En imprimerie, « garance » et « céladon » sont des couleurs parfaitement complémentaires. Ramenées à l’essence d’un personnage-clef à la fois semblable et différent, pareil et pas pareil, cohérent et multiforme, ce sont les deux versants d’un androgyne 2.0, traversant avec la même candeur rien moins qu’apparente (i.e. : une lucidité identique), des décors droit sortis, selon les moments, d’un film expérimental façon Kenneth Anger ou Werner Schroeter, d’un manga japonais, d’un road-movie fauché ou d’une fresque almodovarienne « première période », de celles remontant à l’époque où le co-inventeur de la Movida n’était pas encore devenue une vieille dame obèse et pontifiante obsédée par sa propre légende.
De légendes, précisément, ou plus exactement de mythologies, archaïques ou contemporaines, il en est beaucoup question, tout au long de Rose Turningham, d’abord, des fondamentaux de son auteur ensuite, tel qu’on le devine en creux en parcourant ses articles de blog. Au lecteur de les décrypter. À lui aussi de ne pas tomber dans les chausse-trappes incessants d’une narration à la fois cohérente et éclatée, conçue comme un trompe-l’œil : si le style de Pierre Pascual semble toujours un peu hésiter entre maniérisme (on l’a beaucoup reproché à Simon Liberati, cela ne l’a jamais empêché d’être un auteur essentiel) et flamboyance, écriture automatique et propension aux méandres, la plume n’en reste pas moins brillante, et, au-delà, d’une précision absolument sidérante.
Les écrivains ne sont jamais aussi passionnants que lorsqu’ils maîtrisent, à la façon des étoiles de ballet, ou bien des chats, l’art de bien savoir retomber sur leurs chaussons de danse ou leurs coussinets. Pierre Pascual a, visiblement, beaucoup fait bouger son corps, depuis le dernier tiers des années 90, et, visiblement, il lui en est resté quelque chose. Rose Turningham ne dit pas autre chose au fond : danser, c’est vivre.
Rose Turningham, parée d’un patronyme sonnant avec autant d’efficacité qu’Eleanor Rigby en son temps, est un peu l’équivalent 2.0 de la Cantatrice chauve – version chevelue – de l’anti-pièce que l’on sait : une sorte d’Arlésienne, dont on parle beaucoup mais que l’on voit peu. Ou alors une voix de femme, comme chez Duras… En fait, c’est un peu la petite sœur anglo-saxonne de Lol V. Stein ou d’Aurélia Steiner, réduite à de fugaces et mystérieuses apparitions, et pour autant omniprésente, d’un bout à l’autre, tout au long d’un récit pour le moins aussi échevelé que son auteur pouvait l’être dans les années 2000, mais ne négligeant jamais de s’accorder de salutaires pauses.
Que sait-on, « l’objet » Rose Turningham refermé, de son/sa protagoniste, envisagé(e) au prisme du garance vif ou du délicat céladon ? Peu de choses et beaucoup à la fois. Dans les grandes lignes, ce que son auteur a bien voulu livrer de lui (d’elle) au prisme d’une plongée en apnée dans la vie réinventée (ou non) de son double (ou pas) littéraire.
Qu’en a-t-on retenu ? Trois fois rien. Une écriture déroutante, derrière laquelle pourrait très bien se cacher, bien plus qu’une quelconque petite musique, un véritable style ne ressemblant – c’est le propre du style en soi – à aucun autre. Un imaginaire totalement dépourvu de limites, faisant se côtoyer des astronomes obsessionnels, des couturières-costumières fortes en gueule et d’archaïques comtesses offrant leur derme centenaire ou presque en guise de reliure à des bibliophiles avertis. Une sorte de vertige permanent, de ceux qui transforment à son corps défendant, le lecteur en fildefériste.
Bien plus qu’un livre. Bien mieux qu’un premier roman. La lecture de Rose Turningham relève avant tout de l’expérience métaphysique pure. Ce n’est pas la moindre de ses qualités.

Armel De Lorme.

Encyclopédie du cinéma français : http://www.aide-memoire.org/

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(livre papier édition courante, édition de tête, livre audio) :
www.leselenite.fr

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