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Cher correspondant Facebook X.

Cher (correspondant Facebook x),
Je crois que j’ai une problématique inverse à la tienne : je suis en capacité présente de mener à bien, seul, tous les projets que j’ai en tête ou au moins de les initier et de trouver rapidement les personnes qui peuvent m’aider pour le (projet x), ou le (projet y), ou le (projet z), ou le (projet z bis), mais je me sens totalement paralysé par le système, la société; ce système cette société dont je n’aime ni les règles ni l’argent : je ne veux pas faire partie de ce système, je ne veux pas gagner cet argent sale qui tue beaucoup de monde… je crois énormément en l’Homme (je veux l’aimer et travailler avec lui) mais je ne crois pas en cette société, elle me répugne… J’ai bien entendu ce que tu as dit la dernière fois « oser le dosage » peut-être que je dois apprendre surtout à composer…. C’est déjà cette problématique qui m’avait fait arrêter Cartel Couture à l’époque où on commençait à bien marcher. J’avais à côté Chose Chaton qui me semblait plus radical, plus vrai, plus anarchiste et plus révolutionnaire et j’ai pris la voie de la révolution …. Même si je décidais aujourd’hui de refaire un album et des clips, je me sentirais incapable de faire une télé où y’a de la pub, ou un concert avec des sponsors…  malgré ça je n’aimerais pas faire qu’un album politique et dénoncer genre (artiste engagé x) ; la (superstar y) ancestrale qui est en moi voudrait continuer à danser et à être totalement l’incarnation du système… Je suis donc bloqué, paralysé. J’avais résolu momentanément ce problème en écrivant. Dans un livre je peux tout être et il n’y a pas de pubs à l’intérieur. J’étais heureux quand j’écrivais le matin et que je faisais l’amour ou que je lisais ou que je me baladais l’après-midi. Même si je souffrais du manque d’argent (autre problématique : je hais le système de l’argent mais je suis content quand j’en ai un peu…) Peut-être que je suis sur la bonne voie en imaginant ce (projet x) ou ce (projet y) où il y aurait de la musique et que je diffuserais sur (espace x) ou (espace y). Si je choisis ça et que je me lance il me faudra réussir à ne pas faire entrer tous mes projets dans un seul, et réussir comment dire non – à l’intérieur de moi – à certaines personnes que j’aime et que j’aimerais aider en les faisant travailler avec moi… être donc un peu plus centré sur moi que je ne le suis actuellement (j’ai tout ouvert et je me sens plus proche de l’individu générique, de l’être humain que nous pourrions tous êtres, de l’humain souche que nous somme tous, que de « moi » petite individualité avec sa petite histoire…). Dans l’idée je sais que j’ai fait le bon choix mais il m’empêche de me reconcentrer sur ce que la société du spectacle demande : un petit individu très marqué, faussement original qui parle de ses petits problèmes son petit pipi son petit caca… Encore aujourd’hui les «bêtas» me font rêver… ceux qui acceptent cette société car ils ne réfléchissent à rien… Je trouve que (superstar y) est restée au stade de l’amibe mais elle est la reine des amibes… j’ai encore envie d’être reine de quelque chose, de voir des yeux briller pour moi, c’est égoïste et idiot… Je n’accepte que la sexualité qui ne ment jamais… j’ai la chance de pouvoir vivre ça… c’est de la pure vie, bien loin de la fausse vie du spectacle… Il me reste des exemples de vie comme celle de (artiste x), qui fait des albums sans faire de promo, de télé… des exemples comme (artiste y)…  c’est-à-dire des personnes qui sont dans le système mais tout au bord du cercle, à l’intérieur, des sortes de dandies… Je crois que ma chance de m’en sortir sera dans le «faire» sans trop réfléchir… mais en même temps je «fais» et au bout d’un moment j’arrête car j’ai peur de ce que « la suite dans le monde et avec le monde » sera ; parfois c’est si problématique et douloureux que j’ai envie de tout arrêter… et juste écrire, lire et faire l’amour : mon tiercé gagnant. Si seulement j’étais capable de faire ce choix…. mais ma petite (superstar y) intérieure se met à hurler… mon petit (artiste engagé dans le système x) intérieur se met à pleurer, tout en étant heureux de devenir enfin un petit (artiste engagé hors du système z) !!! Soit je n’ai pas encore fait un deuil, soit je suis bloqué, m’autocensure et m’empêche de faire de nouvelles choses… Ma tête est trop lourde, avec tout ce que j’ai à l’intérieur mais aussi dessus : le poids de mes cheveux. Je me suis interdis de les couper avant de pouvoir me filmer, m’incorporer dans une œuvre et les montrer dans leur pleine liberté et longueur…mais ils me fatiguent dans la vie, et j’aimerais pouvoir me foutre de ce « moi en représentation, idéalement, dans une œuvre » pas parce que c’est pas bien mais parce que je ne peux pas vivre pleinement la même chose dans la vie….  je veux que mon œuvre et ma vie avancent ensemble, tu te rappelles je t’avais dit ça un jour chez toi ? Et – chose importante – je ne veux plus sacrifier ma vie, la douceur de vivre dont je rêve, pour le spectacle (car je sais d’expérience que cette vie est un enfer, au sens où tout dans le spectacle est à l’image de la Religion que je déteste). C’est un peu ça mon problème… la Religion on peut l’ignorer et faire sans mais le Spectaculaire intégré on ne peut pas y échapper si on fait des chansons, des films etc…. Tout serait SI SIMPLE si j’étais moins lucide… Avant j’avais l’alcool pour m’abrutir et me rendre servile et docile ; mais, depuis 5 ans, sans aucune substance extérieure autre que celles produites par mon corps, je ressens et je vois 24 heures sur 24!!! J’ai gagné en force, c’est indéniable, mais j’ai perdu la faiblesse qui me permettait de m’adapter aux moules, aux cases demandées… Hier je suis allé voir le film de (cinéaste x) que j’ai toujours adoré. Son film m’a fait du bien car je ressens un être humain derrière, pourtant c’était dans une salle où j’ai dû me manger de la pub… Dois-je accepter d’être une sorte de calculateur et rentrer dans le système pour le combattre ? Je ne sais pas si j’en serais capable (ce serait comme revêtir une soutane pour aller faire bouger les choses jusqu’au Vatican…) Ces réflexions sont insolubles… Tu vois le point où j’en suis rendu ? Je pense qu’il n’y a rien d’original malheureusement, et beaucoup de créateurs comme moi se sont arrêtés à cause des mêmes raisons… alors que me reste-t-il? L’activisme révolutionnaire ? Je ne sais pas si j’ai vraiment envie de battre le pavé comme ça… Si on considère la société comme un cercle, je suis en équilibre sur le bord du cercle, en danger, et je dois décider si je fais un pas en arrière pour rester dans le cercle dont je connais les règles (que je n’aime pas mais qui sont une sécurité ) en acceptant de vivre face a un mur très haut que j’avais réussi a escalader ; soit en sautant dans l’inconnu qui représente tout ou rien (mort symbolique ou mort réelle, pleine renaissance, vraie vie, folie, que sais-je encore, le langage est si handicapé et handicapant…)  Je sais que certaines personnes comme moi, la société les soigne à coups de médicaments (mais c’est la société qui est malade, pas eux) et je suis bien heureux d’avoir réussi à « être pleinement » sans avoir à tuer tout ça en moi, en m’abrutissant avec je ne sais quoi… Mais que dois-je en faire maintenant ? rien ? dois-je me sacrifier pour le bien commun et créer, parler, dénoncer… ou juste vivre sans plus me soucier de rien… Voilà qui je suis, l’être que je suis… il est complexe… compliqué… il demande un peu d’apaisement et de douceur… mais il ne peut plus fermer les yeux ! Je ne pense pas être différent de tous les autres Hommes, c’est ça qui est encore plus angoissant. On penserait tous ça et on ne ferait rien??? Si j’avais de l’argent je crois que je voyagerais, pour vivre, voir et faire l’amour. Profiter des paysages et des cultures. J’écrirais peut-être, je filmerais peut-être ; pas sûr… je posterais des choses, pas sûr… si j’avais de l’argent je ne m’en soucierais plus, je l’aurais malgré moi et c’est tout, alors je le dépenserais sans compter, pour juste vivre… je me divertirais avec les paysages du monde qui seraient mon spectacle, et moi au milieu ! anonyme et pleinement présent. Dans un futur qui n’existe pas et qui ne me fait aucunement peur, comme tous les êtres nés au présent, vivants au présent, morts au présent.

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Une humanité x, y, z, pleine d’espoir.
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éditions le sélénite

Forever Emmanuelle.

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J’ai passé ces dernières semaines à préparer la publication de «La Philosophie Nue» d’Emmanuelle Arsan, dont je suis très fier. Une édition comme je l’avais imaginée, augmentée d’une postface hautement précieuse écrite par Suzanne Brogger, auteure danoise qui a vécu au début des années 60 à Bangkok cette « philosophie nue » avec Marayat et Louis-Jacques Rollet-Andriane, merveilleux et mystérieux couple qui se révèle au travers d’Emmanuelle Arsan.
Tout ce que j’ai à dire sur ce texte, sur le pourquoi de sa publication ainsi que sur Marayat et Louis-Jacques se trouve dans la préface écrite pour l’ouvrage, qui a exigé de moi de nombreuses tentatives et un long temps de réflexion. Je la place entre les pages du temps, entre les mains de celles présentes et à venir; pour certaines raisons – que je ne peux expliquer ici – elle amorce une évolution, révolution individuelle  et collective.
J’ai fabriqué personnellement l’édition de tête de «La Philosophie Nue», objet artisanal à la gloire d’Emmanuelle, des Emmanuelle, qui contient un tirage photo original sur Baryté de Marayat, le fac-similé du texte de la chanson «L’amour nu» écrit pour Suzanne Brogger et le fac-similé d’une lettre (croustillante) d’Emmanuelle Arsan à Pierre Molinier. Puisse maintenant Emmanuelle trouver corps à ses rêves, à ses désirs.

Quelques informations :

Sortie ce lundi 12 décembre aux éditions Le Sélénite. Pack Noël comprenant les trois premiers livres parus au Sélénite disponible.
Rencontre le 15 décembre au Dupont Café Bibliothèque, de 18h à 21h.(toutes les informations sur FB)
Plus d’infos sur La Philosophie Nuehttp://www.leselenite.fr/la-philosophie-nue
Pour commander un exemplaire de l’édition courante ou de tête : http://leselenite.tictail.com

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Quelques extraits de La Philosophie Nue :

« Mais certains penseront peut-être que l’humanité est déjà assez intelligente et savante comme ça. La seule suggestion qu’il y ait encore quelque part quelque chose à apprendre fait peut- être violence à leur foi héritée, offense leur culte ? Si la société tout entière pensait ainsi, alors ses maux seraient effectivement sans remèdes; sa condition, sans espoir. Par bonheur – minoritaires mais en nombre sans cesse croissant, et non sans pouvoir – des hommes existent qui ont conscience de ne quasiment rien savoir et d’avoir encore tout à chercher. »
« Nous sommes en crise. Le monde est en crise. Et alors : que devons-nous faire ? Prendre peur, éclater en sanglots, nous désespérer ? Mais si cette crise était une aubaine ? Si toute crise était un bien ? »
« Comment pourrions-nous prétendre, dans une Nature qui ne tient pas en place, incarner la pérennité et la permanence ? Avant que nous ne nous soyons orientés, nous sommes ailleurs. Avant que nous n’ayons le temps de nous penser, nous sommes déjà quelqu’un d’autre. »
« Si, au contraire, c’était eux les monstres ? Est-ce une vie humaine, est-ce une société de justice, celle dans laquelle ces amoureux se croient permis – et croient possible – d’être, comme on dit, « seuls au monde » ? Et si leur amour, au vrai, n’était qu’un égoïsme à deux ? Leur prétendu bonheur, rien d’autre que la souffrance obscure que connaissent, uniques et exclus du réel eux aussi, les poètes « maudits », les visionnaires mystiques et les schizophrènes ? La réalité ne se divise pas : qui veut n’en assumer qu’une parcelle refuse le tout. »
« La perte est un plaisir, parce qu’elle répond à un besoin, au même titre que l’orgasme. Il existe, en effet, quoi que prétende le catastrophisme moderne, une disproportion démesurée entre l’énergie potentielle de l’Univers et les moyens de consommation dont dispose l’Homme. Nous recevons – du moins dans les pays développés – plus d’énergie que nous n’en avons besoin pour survivre : plus d’air, plus d’eau, plus de nourriture, plus d’aide mécanique, plus de mots, d’images et de lois. Nous sommes menacés par l’excès des choses et des forces, plus que par leur pénurie. L’issue serait notre écrasement, si nous n’avions inventé l’art de perdre. »
« L’angoisse écologique et la désespérance technologique sont une mode bien pratique pour ceux à qui il importe que nous nous tenions tranquilles – conformes au modèle de citoyens et de fidèles dont tout pouvoir rêve.»
« Si une simple cafetière nous fournissait dix tasses de café buvables sur cent, nous cesserions de l’utiliser, nous n’en recommanderions pas la marque aux autres. Comment se fait-il donc que nous nous montrions moins exigeants sur la qualité de l’instrument, lorsque nos espérances amoureuses, nos plaisirs érotiques, notre vie familiale font les frais de son minable rendement ? Pourquoi ne tentons-nous pas l’essai d’autres modèles, d’autres formes de mariage : à plus de deux ? »
« Apprendre à être unique et singulier, apprendre à vivre seul avec les autres – voilà la chose la plus nécessaire et la plus difficile. On ne peut y parvenir en se laissant imposer des règles qui ne sont, en fait, bonnes pour personne parce qu’elles ont été conçues pour tout le monde. Chaque être ne peut trouver qu’en soi-même la formule qui lui permettra d’être seul sans se retrouver solitaire.»
« Pour s’assurer que nous restions en elle, la famille, à notre naissance, s’installe en nous. Elle nous remplit et nous approprie de manière à ce que nous ne soyons plus jamais disponibles, jusqu’à la mort et au-delà. Sur notre pierre tombale, notre nom sera encore gravé dans son langage, pour sa pérennité et à sa gloire. Sortir de la famille équivaut, dès lors, à entrer en nous-mêmes. À moins que nous ne nous jetions dans ce vide, nous resterons perpétuellement enfermés : enfance, école, maison, ville, préjugés, mariage, profession, asile seront nos prisons. »

Extrait d’Un été avec Emmanuelle Arsan par Suzanne Brogger :

« Sans plus de scrupules, je suis devenue – moi, une toute jeune fille – l’élève favorite de cette école philosophique débridée. Débridée ? Oh, dingue comme gaga ou dada – folle comme il faut l’être, selon un conte de Karen Blixen, si l’on veut tirer de la vie la moindre jouissance.
J’ai fait – comme il se devait – mon entrée sur la scène littéraire danoise – nue. Mes trois premiers livres des années 70 tendaient à confirmer L’Hypothèse d’Éros et à expérimenter La Philosophie Nue.
J’ai fait la révolte nue. Contre la famille, contre la monogamie, contre le machisme. Dans mes livres des années 70, j’ai déconstruit toute la sphère intime à travers mes propres expériences. »

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Texte traduit par Christine Berlioz, Laila Flink Thullesen et Pierre Pascual. Disponible en édition bilingue, français/danois. Photo : Marayat Rollet-Andriane & Suzanne Brogger par Louis-Jacques Rollet-Andriane.

 

 

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Pourquoi il ne faut pas avoir peur de la victoire de Donald Trump.

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Parce qu’après des décennies de fascination pour la Politique, le Spectacle, la Stigmatisation, le Rejet, l’Infantilisation, la Schizophrénie Étatique, nous devons accepter d’aller droit dans le mur, pour abattre ce mur qui fait fantasmer tant d’incultes, perdus, dont le seul trésor est la colère, la haine. Une fois qu’il ne restera plus rien des idéaux des uns et des fantasmes des autres, nous serons peut-être prêts à rebâtir ou à simplement vivre parmi les décombres de l’ancien monde, mais VIVRE !
Entre la promesse d’un au-delà d’un côté et la promesse d’une vie meilleure tous les quatre ou cinq ans de l’autre, reste cette donnée absolue et inattaquable : NOUS sommes en charge de NOTRE présente vie et nos exemples individuels influenceront nos voisins qui, eux aussi, en influenceront d’autres.
La DÉMISSION d’un seul qui, apeuré et épuisé, confie son corps à une Haute Instance de la Morale et du «Mieux Demain» est un manque profond pour tous les êtres humains que nous sommes.
L’élection de Donald n’est pas plus effrayante que celle de Valérie Pécresse ou celle, prochaine, du premier des imbéciles. La parole de Donald n’est pas plus effrayante que la mienne qui vous parle sans vous connaitre et sans que vous me connaissiez. L’important est d’avoir SA parole, et que chaque parole puisse être exprimée sans être enterrée ou glorifiée.
La Démocratie arrive au bout de son mandat. L’Homme Libre va devoir dans quelques décennies accepter le sien. Il sera déstabilisant, mais finalement pas plus que le pouvoir accordé aujourd’hui à McDonald Trump.
Arrêtons d’être tentés par le futur probable, rêvons le présent possible !
Un cauchemar devenu (télé)réalité n’a jamais empêché de vivre et de penser ; d’arrêter de rêver, si !
Bonne nuit, les petits!
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NON à la censure du mot LESBOS sur iTunes!

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Oui, quelqu’un plus tard se souviendra de nous
C’est sur ces mots de la poétesse Sappho de Lesbos que je souhaite commencer cette lettre.
Lesbos, une ile grecque habitée depuis le Paléolithique, qui a vu naitre philosophes et poètes, dont Anacréon, Théophraste ou Longus qui y composa ses célèbres Pastorales, Daphnis et Chloé ; et Sappho, bien sûr, dont la poésie emprunte d’amour entre femmes donna naissance au terme lesbienne.
Aujourd’hui quand nous parlons de Lesbos nous pensons bien évidemment au sort des migrants qui jour après jour y accostent dans des conditions désastreuses, et c’est précisément ce que raconte Stanislas Briche dans LESBOS, récit de son expérience en tant que bénévole sur l’ile, livre dont iTunes ose censurer le titre et la présentation : LESBOS y est devenu L****S.
Profondément choqués de découvrir notre publication au titre tronqué, censurée sans aucune forme de mise en garde, l’auteur Stanislas Briche et moi-même, son éditeur, sommes bien conscients que nous sommes lancés malgré nous, mais main dans la main, dans une bataille de David et David contre Goliath. Mais nous ne voulons pas baisser les bras !
Stanislas Briche n’a pas écrit L****S.
Nous ne voulons pas que des gens plus jeunes, filles ou garçons, tombant sur ce signe de censure, pensent tout bas que Lesbos soit un mot à cacher. Lesbos, qu’il fasse référence à l’ile grecque ou à l’adepte de ses plaisirs, n’est pas un mot à cacher. C’est un mot. Aucun mot ne devrait être caché. Tout mot, quel qu’il soit, a le droit d’exister et personne n’en peut être propriétaire.
Nous lançons aujourd’hui une pétition pour réhabiliter le nom LESBOS (quelle qu’en soit l’acception ou la connotation) sur cette vaste terre qu’est la distribution numérique d’iTunes.
Ces grands groupes ont créé des armes de diffusion massive, mais nous, pauvres petits utilisateurs, disposons encore du pouvoir de regroupement et d’opposition massifs. Il est hors de question d’accepter cette censure et hors de question de supprimer notre publication.
Jean-Pierre Dutel, libraire érudit et auteur d’une Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français, à qui je viens de poser la question, me signale de nombreuses publications utilisant le nom Lesbos dans leurs titres entre 1900 et 2015, dont pêle-mêle «Les amants de Lesbos» de Prosper Castanier (Librairie L. Borel, 1900) «Ces dames de Lesbos» de Renée Dunan (Éditions Prima, 1928) ou encore «Notre-Dame de Lesbos» de Charles-Étienne (Librairie des Lettres, 1919.) 
Depuis plusieurs siècles nous écrivons Lesbos. Et nous devrions accepter, maintenant, d’être censurés ?
Mais qu’est-ce, finalement, que la censure ?
Jean-Jacques Pauvert – qui à l’âge de vingt ans fut le premier éditeur français non anonyme à publier Sade et qui tomba de nombreuses fois sous le coup de la censure – semble bien légitime pour nous proposer sa propre définition de celle-ci : « Il y a censure lorsqu’un pouvoir quelconque empêche, par un moyen quelconque, un ou plusieurs individus de s’exprimer librement, par le procédé qu’il a ou qu’ils ont choisi. »
Mais, surprise, iTunes n’a pas cru bon de censurer les mots lesbienne ou lesbian…
Pourquoi ? 
La réponse est glaçante d’effroi…
Depuis le début de leur existence, toutes les grandes entreprises américaines, comme Apple ou Facebook, sont prises entre les feux d’une censure grandissante et rétrograde – appuyée par les lobbies religieux – et ceux de l’enrichissement et du profit, avec tout et à tout prix. Ainsi iTunes ne peut pas censurer le mot lesbienne parce qu’il est lié à des applications payantes. Ce type d’applications rapporte beaucoup d’argent à ceux qui les distribuent et à ceux qui les créent, beaucoup plus qu’un petit érotique numérique, et ces applis engrangent de l’argent avec leurs seuls mots-clés.
Sur l’ile de la vente en ligne, dans les temples du commerce numérique, le sacro-saint mot-clé est incensurable – il serait en effet difficile de vendre « Her, pour lesbiennes, queers et bisexuelles » sous la forme : « Her, pour l******s, q******s et b*********s ».
Et qu’en est-il des groupes de musique qui utilisent Lesbos dans leurs noms ?
Évidemment incensurables ! Comment seraient-ils retrouvés, et achetés ?
Sur les réseaux sociaux, sur les plateformes de vente en ligne, nous sommes constamment muselés, sauf si nous payons pour diffuser nos infos (si nous le faisons c’est que nous pensons générer de l’argent, que nous sommes possiblement puissants, donc moins facilement censurables.)
Qui majoritairement utilisait Lesbos il y a encore quelques années ?
Des créateurs de fictions érotiques. Des artistes possiblement subversifs, des auteurs à l’imagination lubrique débordante…
La fiction de tout temps a été beaucoup plus attaquée qu’une certaine idée politiquement correcte de la réalité.
Les livres, ah, les livres : on sait depuis toujours qu’ils sont plus dangereux que tous les autres moyens de communiquer ; plus dangereux que les Hommes même : les livres, eux, restent. Pour preuve, Sappho de Lesbos – malgré la disparition de la majeure partie de ses écrits – nous parle encore.
Les livres demeurent aujourd’hui les seuls supports qui ne sont pas soumis au dictat pervers de la publicité, publicité qui impose à nos sociétés et à leurs créateurs une contrainte bien plus efficace que la censure : l’autocensure. Mais il faut nuancer et préciser: les livres papier ! Puisque la volonté de nos grands groupes commerciaux et moralisateurs est de faire main basse sur la pensée en contraignant les auteurs à accepter leurs lois numériques, leur façon de distribuer, leur censure, leur morale ; et pour s’en assurer ils nous fournissent les objets numériques adéquates : tablettes remplies de publicités (licites ?) connectées aux bons livres et qu’est-ce qu’un bon livre ? Certainement un livre qu’on doit vendre…
Qu’adviendra-t-il de nous le jour où nous aurons laissé libre accès à nos yeux, nos oreilles, implantés gratuitement par Google qui travaille d’arrache-pied sur l’intelligence artificielle, que nous aurons été appâtés par cette promesse d’une diffusion directe, gratuite, illimitée, d’œuvres de l’esprit…
Il est possible que nous ayons à payer nos rêves en cauchemar…
Imaginez que le monde ait autrefois inventé un papier où certains mots n’auraient pu apparaitre ! C’est presque chose faite. Et il y a fort à parier que les prochains mots attaqués soit Sodome – horrible ville pécheresse entrainant dans sa chute Marcel Proust, le Marquis de Sade, Henri d’Argis et son Sodome préfacé par Verlaine… puis pourquoi pas Éros se noyant dans les larmes amères de Georges Bataille.
Ah ces grecs ! Des pervers qu’on a bien recadrés avec les religions monothéistes !
Salman Rushdie faisait remarquer il y a peu que ce qu’il y avait de bien avec les dieux des religions polythéistes, c’est qu’ils ne se mêlaient pas de morale, qu’ils étaient simplement une version spectaculaire des Hommes, comme nos « stars » actuelles. Après tout, star veut dire étoile ; et les étoiles sont au-dessus de nous, au-dessus du monde des simples mortels ; elles sont, comme les anciens dieux, éternelles, fixées pour toujours sur les supports, films, disques… Les étoiles n’ont rien à voir avec la censure.
Ainsi, iTunes a raison de se méfier. Car ne leur dites surtout pas, mais dans le LESBOS de Stanislas Briche il y a possiblement des lesbiennes, habitantes de Lesbos comme les Samiennes habitent Samos, mais aussi peut-être des femmes qui aiment des femmes ! (oh la la ! 2000 ans après ? encore !? ) et il y a même un vieux travesti qui fait sécher ses robes sur son balcon ! Vous voyez, finalement, toujours les mêmes pervers sur ces iles dont on ne sait même pas où elles se trouvent et si elles ont jamais existé… Des iles maudites à juste titre, tellement vouées aux gémonies que Dieu les a choisies pour y faire mourir des migrants par milliers…
Les multinationales américaines ont tout à craindre de ce vieux continent qu’on appelle encore Europe, ce vieux monde décadent qui a combattu religions et censeurs et qui a bien failli réussir. Mais les dieux ont soif. Ils ont tellement de visages… et tellement de comptes en banque. Ah, si Lesbos avait été un paradis fiscal ! Et nous, pauvres lesbiens, qui sommes-nous face à ces dieux ? De quelles armes disposons-nous pour combattre ? Les livres ! la musique ! les films ! notre histoire !
Les États-Unis ! Avons-nous des leçons à recevoir d’un si jeune peuple qui s’est construit sur le massacre d’une population autochtone, qui a proliféré par l’exil d’une population de brigands notoires fuyant la justice européenne, jeune peuple qui a autorisé l’esclavage jusqu’en 1865 et la ségrégation jusqu’en 1967 et qui aujourd’hui se repent à grands coups de messages bibliques, entrainant avec eux le monde entier dans leur culpabilité ?
Nous sommes l’Europe ! Lesbos, c’est notre histoire !
Nous, Européens, connaissons les dérives de la censure, les livres qu’on brule, les artistes qu’on enferme, les paroles pour lesquelles on meurt. Qu’iTunes aille donc se faire voir chez les Grecs ! Ça leur fera certainement du bien !
Si nous laissons passer la censure sur Lesbos, nous laisserons passer la prochaine, et la suivante. Nous ne pourrons plus montrer un seul bout de peau, parler d’une seule de nos spécificités ou différences ; nous serons un peuple caché, soumis aux lois d’un Dieu et de ses fidèles commerçants.
Pierre Molinier, en son temps – parce qu’il se rêvait femme et qu’il aimait les femmes – avec humour, se disait lesbien.
Emmanuelle Arsan, qui a bien connu Molinier, a écrit un court texte – merveilleux, essentiel – dont le titre utilise deux fois le mot Lesbos et dont je veux aujourd’hui donner le dernier paragraphe, pour rendre Lesbos à sa poésie :
(…) Se concevront femmes tout aussi réelles les hommes qui auront l’intelligence de comprendre qu’ils sont artistiquement les semblables de ces créatures au sexe intérieur et au cœur passionné qui font l’amour sans pénis.
Alors, dans ce monde peuplé de femmes nées de la pensée, l’amour cessera d’être hypothèse absurde qu’il est entre animaux de sang différent. L’amour, le véritable amour quittera les iles imaginaires où il patiente depuis que les poètes et les lesbiennes l’ont inventé. Il oubliera les fictions morales et ensoleillera de lunes et de louves l’ambigüité charnelle qui lui barrait les chemins et les non-chemins de la Terre. Les licornes et les sirènes, les amazones et les démones ne seront plus le souhait fabuleux des forçats de la virilité. Je pourrai parler à un homme comme s’il était une femme et contredire Sappho à force de baisers. »
À notre tour, contredisons iTunes à force de baisers !
Soyons lesbiennes et lesbiens, hommes et femmes libres !
Quelqu’un se souvient encore de vous

Pierre Pascual, éditeur de LESBOS.
Éditions Le Sélénite. www.leselenite.fr

Télécharger ce texte (PDF et docx).     Signer la pétition sur change.org.

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Ma petite maison au Mac Val.

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Léo Gausson – La Maison (1886-1888)

Ma petite maison ne serait pas forcément petite ; elle ne serait d’ailleurs peut-être pas une maison ; ce serait un lieu où je pourrais vivre avec celui que j’aime. Peut-être au dernier étage, parce qu’aux derniers étages en ville on entend une clameur lointaine qui ressemble à celle qui nous étourdit sur les grandes plages de l’Océan : roulis des vagues mêlé à quelques voix humaines, indistinctes, rassurantes.
Ma petite maison posséderait une chambre calme de jour comme de nuit, où je pourrais mettre un bureau pour écrire et composer. Une pièce tranquille, c’est tout ce dont je rêve.
Ma maison actuelle n’est pas la mienne, ce n’est même pas une maison, je n’ai pas mon nom sur la boite aux lettres, je ne sais plus depuis combien de temps je vis ici. J’y ai composé un être humain entier, emprisonné dans un disque (et faire rentrer un corps anguleux dans un cercle ce n’est pas chose facile), des tonnes de titres, des morceaux en images, des livres, des entreprises ; produit, produit, produit….
Il fut un temps où j’étais bien ici, mais je ne sais plus si je suis capable de me caler sans arrêt sur la vie des autres pour pouvoir vivre, dormir, rêver.
Partir pour aller où ? Je n’ai jamais gagné d’argent…
Et de toute façon on ne nous parle que de murs, surfaces, quand il y a tout un monde sensible (bruit, couleurs) qui nous importe tout autant et qu’on ne pourra jamais choisir…
Je voudrais être nomade. Entreposer tous mes trésors dans une boite grande comme un garde-meuble, et partir. Vivre ici et là-bas, chez lui, chez elle, chez nous un temps, chez ce possible moi au milieu de terres abandonnées… Mais je n’aurais même pas assez pour payer cette boite, ce « garde-meuble »…
Je ne peux pas me défaire des trésors dont j’ai la garde.
Alors je reste là où je suis.
Je ne suis pas malheureux, j’ai souvent tous les jours un corps merveilleux à aimer, un livre passionnant à lire, un projet extraordinaire sur lequel travailler ; de quoi me plaindrais-je ?
Je ne me plains pas, je rêve.
Je rêve d’un intérieur à investir, où mes sens pourraient se reposer, où je ne serais pas obligé en permanence d’analyser malgré moi tous les bruits qui viennent du dehors (au-dessus, au-dessous, à côté numéro 1, à côté numéro 2, dehors n°1, dehors n°2…)
Oui car, en plus de ne jamais m’avoir permis de vivre, ma pratique excessive du mixage sonore m’a rendu hyperacousique…
Heureusement que maintenant j’ai des livres. Eux au moins ne provoquent pas d’hyperacuité visuelle. Imaginez que je sois obligé de voir encore mieux la laideur – ou pire… la beauté (on ne sait pas ce qu’il pourrait me passer par la tête) –  de mes voisins…
La journée je suis parfois chez moi, quand tout le monde est parti ou presque. Ce sont mes nuits à moi, ces moments où je peux travailler calmement à ce que ma terre a de plus beau.
Le signal ? les parfums dans l’escalier. De ceux qui s’aspergent avec des fragrances bon (super)marché, ou de ces autres qui se parfument trop avec des essences hors de prix (dans un cas comme dans l’autre le résultat est le même : l’horreur). Les riches et les pauvres marquent leur territoire olfactif, tout ça se mélange allégrement dans le Grand Séphora, et moi qui n’ai d’autre parfum que celui de ma peau je passe comme une ombre, un fantôme au milieu des fleurs qui ne faneront jamais.
Un temps, pour supporter mes voisins, j’en ai fait des personnages de fiction, je leur ai donné un nom, je me suis raconté leur histoire. Je voulais écrire sur mon immeuble (depuis le milieu du siècle dernier jusqu’à aujourd’hui) j’ai des pages et des pages de notes. Je pensais que ça me permettrait de rendre cet immeuble joyeux, et de connaitre tout le monde. Je suis trop angoissé à l’idée de vivre avec des gens que j’entends et que je ne connais pas : c’est un peu comme vivre en tant de guerre, sociale.
Ici sur les réseaux sociaux et autres endroits dédiés à des idées de fausses libertés, fausses communautés et fausses individualités, je ne sais pas pourquoi je partage ce texte. Facebook c’est un peu mon immeuble virtuel, ma page côtoie des pages inconnues, et nous faisons tous ce bruit qui nous incommode. Vous croisez parfois ma photo dans l’escalier, vous m’aviez oublié, vous n’en pensez rien ou rien qui vaille ; moi je ne vous vois même pas…
Mais je vous sens…
Quand vous hurlez je vous entends. Quand vous aimez je vous entends ici.
Comment je vais faire pour écrire mon grand œuvre si je suis obligé de vivre avec tant de personnes en même temps ? On ne peut pas invoquer nos personnages inattendus quand on doit sans cesse faire taire des personnes trop entendues.
J’aurais pu choisir de vivre éloigné de tous, mais je n’ai jamais eu l’âme d’un ermite ou d’un stylite. Me couper des corps, des tableaux, des livres, des œuvres cachées, des jeunes qui construisent, des vieux qui ont construit ? Autant mourir. Ou alors il faudrait recréer une communauté au milieu de rien, un peuple de livres, de corps nus, d’amour partagé et bienveillant ; un monde sans trop de machines bruyantes, sans trop de parfums chimiques… mais bon je n’ai jamais trouvé (à part dans les livres, de Fourier à Armand, en passant par … et … et…..)
Si j’avais de l’argent j’achèterais des immeubles au milieu de Paris pour reloger les poètes, les peintres ; ceux qui parlent avec leurs doigts et leurs yeux… On pourrait tous lire et écrire en paix. Mais franchement, qui ça fait rêver ? lire et écrire ? en paix ? Les seules machines autorisées seraient les machines humaines : celles qui bruissent, se plient, hurlent quand elles sont pleines d’amour. On se rejoindrait tous pour se dire qu’on s’aime, pour rire, manger, se confier, s’embrasser… et quand nous aurions besoin de calme, de solitude – à toute heure du jour ou de la nuit – nous regagnerions nos chambres, vastes comme des mondes, silencieuses comme des nuits au désert.
Avant de prétendre avoir une maison, il faudrait donc que j’aie une place.
Et tous ceux qui ont des places, et des maisons, et qui n’ont même pas de corps ??
Moi je sais vivre avec mon corps, je le connais si bien qu’il est aimé de ceux qui m’entourent, oui. Et ça, ça ne compte pas ?  Mon corps est merveilleux. Si je le louais, pour entreposer des cœurs fatigués, je serais millionnaire. Je pourrais acheter une rue dans Paris.
Un jour je n’aurai plus la force de n’être rien, un rien au cœur de tout, je partirai et laisserai tout en plan. Un autre tentera de vivre là, il y réussira certainement. Il vendra mes livres et mes tableaux. Il aura raison, tiens : profiter de l’argent là où il se trouve.
Plus tard un autre – peut-être toi – dira qu’il avait cette maison qui était faite pour nous, mais ce sera trop tard. C’est toujours quand ils ne sont plus là qu’on prend soin des poètes et de ceux qui les aime. Il y a fort à parier qu’après mes diverses morts toutes mes œuvres soient entreposées dans des espaces bien plus beaux et confortables que tous ceux où mon corps vivant aura créché.
Sortons toutes les œuvres d’art dans les jardins et rendons les musées aux artistes, aux crève-la-faim qui seront les trésors de demain.
Écrivons un manifeste à faire signer par tous les artistes vivants : que toutes les œuvres futures – matérielles ou immatérielles – ne puissent générer aucun argent qui n’aillent pas aux artistes vivants, que les musées soient des maisons d’artistes (les artistes pourraient avoir la garde des œuvres, et eux seuls)
Il n’est pas juste que le monde s’engraisse sur le dos des poètes décharnés.
Tout ceci n’est pas une utopie, c’est œuvre de bon sens.
Que tous les artistes n’acceptent d’exposer, de montrer, de faire entendre, de parler, de donner, que dans des endroits qui sont des maisons de poètes : là où les poètes dorment, mangent et ont chaud.
Tant qu’ils iront se vendre et se montrer dans les boites à pub et sponsors, boutiques, gros magasins, musées commerces et autres, leurs semblables crèveront dans la rue.
Maintenant que j’ai dit tout ça, je vais aller demander un 30 mètres carré au Mac Val ; vous pourrez m’y voir vivre, créer, faire l’amour, je vous parlerai volontiers mais vous serez silencieux ! Je lis ! J’ouvrirai à 7h, je fermerai vers 22h ; ça laisse de la marge pour les lève-tôt et les couche-tard. J’exposerai mes amis artistes gratuitement (ce que je fais déjà dans mon appartement délabré à 500 mètres du Mac Val où j’accroche, sans les décrocher, des artistes qui sont achetés des milliers d’euros par ce même musée).
Mais ces œuvres-là je n’ai pas eu à les payer, puisque je ne veux pas les posséder. Alors je les partage, dans un lieu que leurs créateurs aimeraient, un lieu de vie, d’amour, de liberté.
Mais malgré tout ça, oui, j’aimerais vivre dans un musée, au milieu d’une étendue de silence. Dans un musée bibliothèque, avec tous mes amis morts de vie.

Un temps j’avais pensé faire une demande d’atelier, ces ateliers dans Paris pour les plasticiens qui ont besoin de place et de lumière. J’avais créé pendant plusieurs années des portraits sonores, certes immatériels et étranges comme toute musique qui n’en est pas vraiment, mais des portraits tout de même.
Pourquoi celui qui écrit (car ces portraits n’étaient rien d’autre que les chapitres d’un livre) n’aurait pas droit lui aussi à un peu de lumière ?
Écrire ce n’est rien d’autre que créer des images. Pas d’images sans lumière.
Parce que nous créons tient sur une clé USB nous devrions accepter de vivre dans des boites à chaussures ? Si encore ces chaussures correspondaient à nos pieds…
Un peu de place, pour voir où nous mèneraient ces images qui s’agitent…
Mais la lumière et la place se trouvent partout, monsieur ! Dans la rue ! Le Soleil, le ciel sont à tout le monde.
Oui mais un SDF n’a jamais écrit À la recherche du temps perdu. On ne cherche pas le temps quand on cherche à se nourrir, à se protéger du froid…

Dans l’immeuble d’à côté quelqu’un tape contre le mur que nous partageons, juste derrière le bureau où j’écris ; je ne suis pas dérangé par ce coup de marteau ou de massue, je m’y suis habitué (ça fait plus d’un an que l’immeuble racheté par un jeune propriétaire est en réfection).
L’année dernière j’enregistrais mon livre audio de 5 heures à 7 heures 30, avant que les ouvriers n’arrivent ; je n’arrivais même pas à en être malheureux, quelle chance de pouvoir enregistrer un livre audio, d’assumer suffisamment des mots que l’on a écrit pour accepter de les faire cogner dans notre bouche, dans nos oreilles !
Depuis, le jeune propriétaire a presque fini sa maison, et moi j’ai fini la mienne : la maison Rose Turningham. Je ne sais pas ce qu’elle vaut, et franchement je n’en ai rien à faire. Peut-être prendra-t-elle de la valeur avec le temps ? Et l’autre, celle d’à côté ? La maison refaite à neuf, en banlieue, proximité RER et vue sur jardin plutôt calme…
Que ce soit un livre ou une maison, il n’y a que trois choses qui nous intiment de créer et de construire :
1. Nous créons par angoisse.
2. Nous créons pour gagner de l’argent.
3. Nous créons par amitié.
Je me dis de temps en temps que les artistes heureux sont ceux qui arrivent à combiner les trois. Pour ma part j’ai tenté d’éradiquer le premier, et le deuxième ne m’a jamais concerné (mais je ne suis pas à l’abri de gagner un jour quelques centaines d’euros !!) Alors reste l’amitié. Créer pour quelqu’un, que l’on connait, que l’on imagine, quelqu’un qui est là ou qui va arriver. Ça n’est pas si différent de celui qui construit sa maison…
Nos maisons. Transitoires comme nos corps.
Nos maisons, qui parfois deviennent des musées.
Nos maisons dont la peau est toujours trop fragile, corps aux murs poreux.

Alors ce musée d’artistes vivants ? Si quelqu’un a une idée, je suis ! j’en suis !
Je donnerais bien le reste de ma vie pour un peu, juste un peu, de tranquillité.
Pour celles et ceux qui veulent venir dans mon musée, titiller la muse qui y vit (oui car elle vit celle-là !) c’est ouvert ! Quel autre choix ? Vivre les portes fermées ? les jambes serrées? les œuvres cachées ?
C’est ouvert, c’est gratuit, tout y est à partager. Apportez-moi des livres, des dessins, juste vous… on verra. Je vous offrirai des livres, des dessins, je ne sais pas vraiment…
Quand nous aurons tout mis en commun, nous aurons un musée tout entier ! Nous pourrons ouvrir et vivre dedans, au-dessus ! Nous serons obligés de faire payer l’entrée, ou alors on vendra des cartes postales ! C’est bien les cartes postales : ça s’accroche au mur, ou ça s’envoie avec des mots d’amour collés au cul ! Ou alors on vendra une œuvre tous les mois, une seule de nos œuvres fera vivre des centaines d’artistes pour un mois entier !
Si vous connaissez un lieu, j’arrive.
Nos œuvres ne seront plus détachées de nos corps vivants. C’est le deal.
On commence quand ?

J’aime rêver, croire que je rêve, que je partage. Mais malheureusement pour moi il y a fort à parier que ce billet se perde au milieu de la mort, comme mon corps dans l’escalier de l’immeuble, où personne ne sait qui je suis… Je ne suis que celui-ci parmi ceux-ci, celui-ci parmi ceux-là…
Un jour pourtant – j’en suis persuadé – un battement de cils fera exploser les yeux, un bruissement d’ailes ou de cheveux crèvera les tympans. Ceux-là s’arrêteront pour regarder ceux-ci. Ils se reconnaitront. Et enfin sourds, aveugles, ceux-ci et ceux-là laisseront courir leurs doigts. Ils toucheront les corps, les tableaux, les fleurs… et se diront qu’ils ont été bien cons de ne pas commencer avant.
En attendant ces temps que je ne connaitrai surement jamais, j’écris ce texte qui je l’espère aura un minuscule impact (impact c’est le nom que je donne aux bruits sourds qui heurtent mon univers sonore quand je suis chez moi et que j’entends que, très près ou très loin, une personne non identifiée a fait une chose non identifiée. Ce texte c’est un peu la même chose, mais cet impact-là je le veux rassurant. Je ne sais pas plus que vous qui l’a produit. Je ne sais pas plus que vous ce qui a été fait, et ce qu’il y a à faire. Mais je peux assumer de produire et recevoir cet « impact », ce qui est déjà une grande chose.)
Entendez-vous ce bruit sourd sur les réseaux sociaux ?
C’est ceux-ci parmi ceux-là, et vous, et moi, au milieu.
Un milieu? il n’y a pas de milieu. Aucune forme à proprement parler. Aucune couleur, aucune odeur.
Un monde coupé de sens dans un monde de sens saturés.
L’angoisse nous pousse à nous confier, comme auparavant sur les parois des grottes. À l’abri de tous, pour un moment, un court moment (celui où il y a encore de la lumière).
Quelqu’un quelque part ouvre ses volets. Je n’arrive pas à savoir si c’est au-dessus, en dessous. Ces volets qui s’ouvrent ferment ma pensée. Ces volets m’égarent et m’égrainent à tous vents. Je me disperse.
Combien de pages afficheront-elles ma pauvre pensée fragmentée ?
Combien d’êtres humains derrière ces pages suivront-ils l’inconnu de l’escalier ?

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L’aventure LESBOS.

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Je ne sais plus en quelle année j’ai rencontré Stanislas Briche, ça devait être en 2008. Nous avions passé une soirée dans l’appartement qu’il occupait alors avec son copain de l’époque, soirée où il était resté très silencieux. Je le regardais en me demandant ce qu’il pouvait bien penser…
À la fin du repas nous nous sommes montrés des trucs sur l’ordi : lui des photos des répétitions du spectacle sur lequel il travaillait (une adaptation du Scum Manifesto de Valérie Solanas) et moi un nouveau clip que j’avais sur une clé USB, que je n’avais pas encore mis en ligne, le clip de Molinier
Les bases étaient posées : des textes, du maquillage, des photographes, de la douceur, de l’extraversion, du genre sous toutes ses formes…
Durant toutes les années qui ont suivi, j’ai croisé Stan sur mon chemin (il est venu assister je crois à plusieurs concerts de Chose Chaton) puis je l’ai convoqué sur ce même chemin (il a tourné dans le clip Sous les sycomores, puis m’a finalement suivi à Berlin pour participer au dernier concert de ma courte vie de showgirl (je le savais sans le savoir à l’époque, il était beaucoup trop difficile pour moi d’évoluer dans les milieux où je devais chanter, et Berlin acheva de tuer la chanteuse que je rêvais d’être.)

stan-sous-les-sycomoresStanislas Briche et Pierre Pascual dans « Sous les sycomores » (Photos Marie Bienvenue, 2010)
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Pierre Pascual en concert à Berlin, avec Stanislas Briche et T.C-Berger. (Photo Rick Flynn, 2011)

Les images de ce concert – capturé en photo et vidéo par le gentil et talentueux Rick Flynn, qui depuis a réalisé son premier film – m’ont servi à construire l’ouverture du clip Lâche les chiens où figure Stan et où je règle, dans la scène d’ouverture, mes comptes avec moi-même et le milieu du spectacle, scène qui se poursuit dans le break parlé du clip Deneuve Danse pour finir, presque à tout jamais dans le clip Secrets : La Paradis des banlieues.
Mais revenons à Stanislas Briche, le sujet qui nous intéresse et qui m’intéresse davantage que ces mises en abimes et miroirs.
Ces dernières années, alors que j’avais abandonné l’image et la musique pour revenir au mot, consacrant trois années entières à l’écriture et au corps, j’ai eu la chance et le temps de pouvoir regarder les autres et j’ai vu la transformation de Stan : de la petite chenille timide, muette, au papillon merveilleux dont les ailes bruissent dans le vent. J’avoue avoir été épaté plusieurs fois par certaines de ses apparitions scéniques, et notamment la dernière (une mise en espace du travail sur Quartett de Heiner Müller avec Thomas Kellner, dirigé par Mathieu Huot.)
Il y a deux ans, alors que je m’apprêtais à sortir mon premier livre, j’avais revu Stan sur le parvis de Gare au théâtre et je voulais faire des photos argentique de lui, des nus ; nous en avions parlé, et je ne savais pas que tout ça se mettait lentement en place pour construire tout ce que serait l’aventure LESBOS.
LESBOS. J’ai aimé ce texte à la première lecture, et j’ai eu la chance qu’il me soit adressé…
LESBOS a été originellement posté sur Facebook, depuis l’ile grecque où Stan était bénévole pour l’ONG Dråpen i Havet.
Je n’ai pas vu ces posts puisque j’ai fermé ma page perso Facebook en 2011. Mais je me dis que ce qui doit être su et vu de nous finit toujours par rejoindre nos oreilles, nos yeux, et ce fut le cas pour ce texte.
Un matin, Thierry vient me voir à mon bureau : « Tu sais, Stan est à Lesbos, et il poste des textes sur Facebook, tu devrais les lire. »
Thierry savait que je commençais à travailler sur la création de ma maison d’édition – Le Sélénite. Je n’avais pas envie de retourner sur Facebook pour lire ça, donc Thierry eut la gentillesse de copier-coller chaque fragment, l’accompagnant chaque fois de la date du post, et de me les imprimer ; c’est comme ça que la première mouture de LESBOS est arrivée entre mes mains.
D’une seule traite je l’ai lu, sur mon lit. J’ai tout de suite su que je voulais l’éditer. J’ai toujours aimé le côté poète et Pierrot de Stan, que je pense partager avec lui, et ce texte est habité par la poésie, la rêverie.
Stanislas Briche est un dealer d’images : c’est ce qui est frappant dans LESBOS ; j’étais tellement redevable d’avoir accès à cette crise migratoire horrible par ses yeux de poète, qui certes m’accompagnaient sur la plage au milieu des bateaux, des cris, des journalistes mais qui deux minutes après me conviaient sur les collines avec les moutons, ou sous le balcon d’un vieux travesti qui faisait sécher sa robe…
Je suis fier d’avoir édité ce texte, puisque c’est maintenant chose faite ; il me semblait nécessaire de lui donner un écrin, de le sauver de la fragmentation de Facebook, du surplus d’infos, des pubs, de lui rendre le silence, de remettre l’écrivain face à son oeuvre.
Il n’y a nul doute pour moi que Stanislas Briche est un écrivain – Tous les poètes le sont – il a l’œil du poète, et donc la langue de l’écrivain.
Et puis j’étais hanté par cette histoire de Norbert Alexandropoulos, le crâne de chèvre qu’il ramasse sur un chemin, cette image ne me lâchait pas : Stan perdu face à la mer, avec son crâne entre les mains ; ça résumait pour moi tout ce qu’était Stan, tout ce qu’était le drame de Lesbos.
J’ai envoyé un SMS à Stan, alors qu’il était encore là-bas.
Stan, Thierry me transmet les textes que tu partages : c’est beau et très émouvant. J’aimerais en parler avec toi à ton retour. Je t’embrasse. Prends des notes, comme tu le fais, ton témoignage est important. 
Réponse de Stan à Thierry par email quelques jours plus tard :
Merci de me lire. Je suis ravi des réactions que tout ça suscite et franchement ça peut paraitre idiot mais ça fait un bien fou de se sentir suivi, soutenu et que ça trouve un écho. Remercie pour moi Pierre, j’ai bien eu son SMS et oui bien sûr on en cause avec plaisir quand je rentre. Gros bisous à vous 2. Sinon oui moi ça va, je suis étrangement peu émotif, je pense qu’il le faut pour pouvoir être efficace. Moi en tout cas c’est comme ça je pense que je fonctionne. Bisous lesbiens.
À son retour j’ai laissé passer un peu de temps – deux mois tout de même – puis je lui ai écris pour qu’on se voie (sans lui parler de ce que j’avais derrière la tête)
Nous nous sommes retrouvés dans le 11ème à Oberkampf – en l’attendant je regardais les couvertures de magazines sur les murs du Kiosque et j’ai découvert qu’Emmanuelle (le livre d’Emmanuelle Arsan – un auteur dont je raconterai l’histoire bientôt, puisque je vais l’éditer aussi) ressortait en BD (la version de Crépax ; très réussie, beaucoup plus que le film, et qui reste donc la seule version imagée plausible et intéressante d’Emmanuelle).
Stan est arrivé, flamboyant, cheveux orange fluo joliment peignés. Nous sommes allés dans un café, nous avons parlé de tout, et finalement de Lesbos. J’ai dit à Stan tout le bien que je pensais de son texte, puis ai demandé pour la forme : « Est-ce que quelqu’un t’a proposé de l’éditer ? » Ce à quoi il m’a répondu oui. J’étais un peu décontenancé. Oui un éditeur vient juste de m’écrire, il est intéressé.
J’avoue que j’étais un peu déstabilisé, mais je ne me suis pas démonté ; je lui ai exposé toutes mes idées pour l’édition du texte (et Stan ne savait même pas encore que je montais une maison d’éditions, donc il me fallait beaucoup d’aplomb…)
Cette histoire de deuxième éditeur était finalement pour moi une aubaine, ça m’a permis d’exposer mes idées sur l’édition – qui sont les mêmes que pour l’amour : je ne voulais pas l’exclusivité du texte, mais le droit d’en disposer tant que son auteur serait en amour avec moi : son possible éditeur.
De quel doit confisquerais-je ce texte à son auteur ? de quel droit en aurais-je l’exclusivité, alors que je ne la demande même pas à mon amoureux ? Cette idée va à l’encontre de tous mes principes, je ne possède pas le corps de l’autre, je ne possède donc pas non plus le texte de l’autre ; l’autre m’offre son corps, son texte, et comme dit Barthes dans Le plaisir du texte : Le texte a une forme humaine, c’est une figure, un anagramme du corps ? Oui, mais de notre corps érotique (…) et, perdu au milieu du texte, il y a toujours l’autre, l’auteur (…) je désire l’auteur, j’ai besoin de sa figure comme il a besoin de la mienne (…) L’important c’est d’égaliser le champ du plaisir, d’abolir la fausse opposition de la vie pratique et de la vie contemplative. 
Stan semblait emballé par mes idées, mais m’a dit qu’il devait attendre de voir l’autre éditeur, qui lui peut-être avait besoin de l’exclusivité…
Franchement, j’étais prêt à dire à Stan d’accepter coute que coute l’offre de l’autre éditeur qui lui proposerait certainement une distribution en librairie, alors que moi – artisan éditeur – je n’en étais qu’à une diffusion plus confidentielle sur Internet, qui serait certes belle et agrémentée, voire luxueuse, mais qui resterait un projet poétique pas très visible, ni rentable peut-être…
Alors ça m’allait bien de partager la garde avec un autre éditeur qui diffuserait, tandis que moi j’enverrais LESBOS sur la Lune, avec les Pierrots, les sélénites et autres créatures qui ne connaissent pas les livres qui se vendent ou s’achètent…  Au clair de la lune, mon ami Pierrot, prête-moi ta plume pour écrire un mot.
J’ai fait quelques photos de Stan et ses cheveux enflammés (Annie Lennox ou Cindy Lauper  je n’ai pas encore tranché) puis nous avons rejoint Thierry, dans un café plus loin, qui était en grande conversation avec Jean-Charles et Miss Botero que je n’avais pas vue depuis longtemps.

stan-oberkampfStanislas Briche le 24 mars 2016, Oberkampf.
miss-botero-jean-charles-the-kiss-dyptiqueJean-Charles J. et Miss Botero : baiser fougueux.

Nous avons lancé l’aventure LESBOS. Je suis allé chez Stan pour qu’il me montre ce qu’il avait ramené, et lui proposer les premières corrections – j’avais déjà bien travaillé et avais des idées assez claires sur la façon de présenter le texte.
Stan m’a présenté Norbert (vous pensez bien que j’en mourrais d’envie) et j’ai fait les premières photos (en numérique avec mon nouveau 5DMarkIII, acheté à un beau comédien qui avait un nom d’étoile – prémonitoire pour cette aventure sélénistique…)
Stan m’a offert un des deux petits savons Lesvos ramenés de là-bas.

norbert-alexandropoulos
Norbert Alexandropoulos et petits savons locaux, le 26 avril 2016.
norbert-de-faceNorbert de face, le 3 juin 2016.

Pendant deux mois nous avons travaillé sur LESBOS, et autour de LESBOS. D’abord sur les corrections et mise en page du texte, puis sur plusieurs séries de photos incluant d’office notre starlette montante : Norbert ! Je voulais prendre Norbert sous toutes les coutures, en numérique, en argentique, de face, de côté, de dos, et j’ai même demandé à Benoist Chapel, l’illustrateur avec qui je travaille pour Le Sélénite, de réaliser son portrait !

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Norbert Alexandropoulos, illustration de Benoist Chapel (2016)

Je me retrouve aujourd’hui avec des centaines de clichés de Stan et Norbert, des dessins, des petits bouts vidéo, et je ne pense pas m’arrêter là…
Finalement nous avons enregistré la version audio du livre ; je suis venu chez Stan avec tout mon barda (MacBook, micro, pied, disque dur externe, carte son, tonne de fils…) et évidemment c’était en pleine grève des transports (on m’a fait de la place dans le métro et le RER : mon pied de micro plié et enveloppé ressemblait étrangement à un fusil à pompe !!)
J’étais heureux d’enregistrer, après Rose Turningham, mon deuxième livre audio (que vous pouvez obtenir en bonne qualité sur le site du Sélénite – 192 kps – comparé aux 64 kps proposés par Audible et iTunes : une honte !!! que les distributeurs ne s’étonnent pas que les ingés son et les artistes se mettent à travailler comme des cochons, si les distributeurs distribuent comme des cochons !! )
Pour chaque parution du Sélénite je dois choisir une couleur, et devinez celle pour laquelle j’ai opté ? Orange, bien sûr.
J’ai choisi le cliché qui serait proposé pour le tirage original de l’édition de tête, j’ai recadré le visage de Stan dissimulé derrière Norbert et ô surprise, Norbert avait sur le front des reflets orange !  incroyable !! Tout était écrit… sur ce crâne… renvoyant LESBOS à Lesbos, Stan à Sappho, que sais-je encore…
Concernant l’antique poétesse, j’ai trouvé cette citation qui ouvre le livre, que j’aime beaucoup ; je vous laisse la découvrir sous le frontispice que j’ai créé avec la merveilleuse illustration de Benoist Chapel représentant l’antique Stan.
Voilà, il est temps pour nous maintenant de partager ce livre, dont nous avons rêvé et auquel nous rêvons encore.
La dernière fois que j’ai vu Stan, pour lui présenter le BAT et les premiers clichés imprimés, il s’était rasé la tête : bye bye orange – qui entre-temps était devenu bleu, si je me souviens bien – LESBOS est déjà loin…. mais je crois que Norbert gardera longtemps ses reflets, alors…
Les livres sont éternels, presqu’autant que nos crânes évidés qui peut-être se rappellent avoir vu, avoir lu, avoir écrit…

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LESBOS (édition papier,  pack numérique et livre audio haute-qualité) en précommande sur www.leselenite.fr

(livre numérique et audio sur iTunes, Amazon & Audible)

Pack Presse/Promo accessible sur demande ici.

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Quelques commentaires sur Rose Turningham… (merci!)

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Paul P.  écrivain  : « Un livre porté par une belle sensibilité, une écriture. Rose Turningham est une œuvre rare. Ensemble de qualité, objet de plaisir. Un personnage qui « échappe », retrouvé toujours aussi brillant, multiple – étonnant. Il, elle, est tout. »

Nicolas D.  réalisateur  : « Raconter sa vie, c’est raconter une histoire et quelle histoire? Celle que l’on a vécue, celle que l’on croit avoir vécu ? Là est tout le propos de Rose Turningham, une œuvre au style très personnel qui tient de l’ordre du rêve éveillé, naviguant entre poésie et littérature. Ce texte fourmillant d’images se prêterait particulièrement bien à une adaptation visuelle, entre cinéma et vidéo d’art. Une œuvre très riche, un livre à explorer. »

J-P. D.  éditeur, libraire : « Un très beau texte. Texte d’écrivain, personnel et étrange, où poésie, féérie et nature font bon ménage à trois. »

I.B.   metteur en scène : « Une narration des sensations. Doux, chaud, froid, coloré et sépia à la fois. Sensuel et enfantin. Évident et flou. Un texte à ressentir, apercevoir, à rencontrer ou à rêver. »

Armel D.  écrivain, éditeur  : « Rose Turningham ne ressemble à rien de connu, et cela constitue, il faut bien l’avouer, l’un de ses aspects les plus passionnants (…) Elle est un peu l’équivalent 2.0 de la Cantatrice chauve – version chevelue – de l’anti-pièce que l’on sait : une sorte d’Arlésienne, dont on parle beaucoup mais que l’on voit peu. Ou alors une voix de femme, comme chez Duras (…) Une écriture déroutante, derrière laquelle pourrait très bien se cacher, bien plus qu’une quelconque petite musique, un véritable style ne ressemblant – c’est le propre du style en soi – à aucun autre. Un imaginaire totalement dépourvu de limites, faisant se côtoyer des astronomes obsessionnels, des couturières-costumières fortes en gueule et d’archaïques comtesses offrant leur derme centenaire ou presque en guise de reliure à des bibliophiles avertis. Une sorte de vertige permanent, de ceux qui transforment à son corps défendant, le lecteur en fildefériste. Bien plus qu’un livre. Bien mieux qu’un premier roman. La lecture de Rose Turningham relève avant tout de l’expérience métaphysique pure. Ce n’est pas la moindre de ses qualités. » (Lire la critique complète d’Armel ici)

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